« Congo-Hold-Up » : un détournement massif

Par Frédéric Steenhout, journaliste

L’annonce tombe comme un véritable coup de massue. L’ex-président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, est accusé d’avoir détourné 138 millions de dollars.

Joseph Kabila, ancien président de la République démocratique du Congo, est accusé, lui et ses proches, d’avoir détourné plusieurs centaines de millions de dollars en utilisant des entreprises personnelles. En effet, une enquête réalisée par plusieurs associations journalistiques et cinq ONG luttant contre la corruption a démontré, en se basant sur l’analyse de plusieurs millions de documents, un détournement massif de la part de l’ex-dirigeant de 2013 jusqu’à 2018.

L’enquête, nommée « Congo-Hold-Up », a pu retracer le circuit du détournement et ses bénéficiaires. C’est un scandale pour plusieurs institutions et entreprises publiques. La Banque centrale, l’entreprise minière nationale « Gécamine » ainsi que le Fond national d’entretien routier ont été victimes de cette malversation. Ces dernières, ont été victimes d’une taxe appliquée par Joseph Kabila. D’un côté, la société minière nationale « Gécamine », créée en 1967, représente à elle seule, l’une des parts les plus importantes pour les revenus congolais. Ses activités sont concentrées sur l’exploitation minière dans le Katanga et participent activement à la vie sociale du pays. En effet, l’entreprise possède des infrastructures médicales et scolaires, des activités agricoles et elle investit dans le sport. Celle société représente une importance capitale pour la vie de nombreux congolais. De l’autre côté, le Fond national d’entretien routier, qui génère plusieurs centaines de millions en taxant le carburant, permet de réhabiliter le réseau routier du pays. L’économie locale dépend de ce fond. Ce dernier génère, pendant que les chantiers opèrent, de l’emploi massif.

Malheureusement, c’est le peuple congolais qui en souffre puisque les recettes de l’État devraient servir au développement du pays et non à l’enrichissement de la classe politique. La République démocratique du Congo possède l’une des populations les plus pauvres du monde et l’instabilité règne dans l’Est du pays, où la guerre continue depuis des années. Selon les estimations de la Banque mondiale, 73% de la population, soit 60 millions de personnes, vivent sous le seuil de pauvreté et le gouvernement doit faire face à des problèmes budgétaires. Il va sans dire que cet argent aurait pu aider grandement le pays. En effet, la modernisation et la création de nouvelles infrastructures, l’amélioration des axes de communication ou encore l’investissement dans l’enseignement en sont des exemples pourtant pressants.

À la suite de cette affaire, notre Premier ministre, Alexander de Croo, a rappelé la position de la Belgique dans la lutte contre la corruption. À ce stade, il n’est possible que d’espérer que les résultats mis en avant par l’enquête puissent aider le nouveau gouvernement dirigé par Félix Tshisekedi dans la lutte anti-corruption qui touche profondément l’ensemble du pays. Ce dernier a promis de lutter contre ce problème, mais pour l’instant, rappelons que chaque année, ce sont 15 à 20 milliards de dollars perdus. La République démocratique du Congo est un pays en voie de développement avec un potentiel économique conséquent dans l’attente de s’épanouir, mais pourtant, cette perte d’argent représente un frein significatif pour sa croissance.

Actuellement, l’ex-président Joseph Kabila réfute cette enquête et appelle le peuple congolais à ne pas croire des affirmations qu’il qualifie comme étant fausses et à cette tentative de décrédibilisation. Une information judiciaire a été lancée à son encontre.