Le Haut Karabagh : conflit éternel dans les montagnes du Caucase

Le 14 septembre 2022, un nouvel élan de violence a secoué la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan malgré le cessez-le-feu. Les deux anciennes républiques soviétiques se livrent à un jeu mortel depuis près de 2 ans autour du plateau du Haut-Karabagh, se renvoyant chacune la balle de la responsabilité de ces atrocités. 

Revenons sur ce conflit qui agite l’Asie mineure, déstabilise une région et menace la paix mondiale.

Cet antagonisme qui agite la sphère postsoviétique est vieux comme la chute de l’URSS. En effet, la guerre dite du Haut-Karabagh s’est déroulée entre 1988 et 1994. Elle constitue ainsi le premier conflit dans la zone géographique contrôlée au pare avant par les soviétiques. Elle opposait les mêmes belligérants qu’aujourd’hui à savoir l’Arménie et l’Azerbaïdjan. La guerre de l’époque trouve son origine dans un conflit lié au territoire ainsi qu’à la population.

 

Pour comprendre, il faut avoir en tête la disposition géographique entremêlée de ces deux pays. L’entremêlement géographique et ethnique entre l’Azerbaïdjan, l’Arménie, et même la Géorgie date de plusieurs siècles et est l’héritage des fractions impériales de l’époque. A la chute des derniers empires centraux, après la première guerre mondiale, ces territoires ont tenté de n’en former qu’un seul, appelé la Transcaucasie. Cette confédération ne dura qu’un mois du fait de l’émergence d’intérêts nationaux prédominants. Les conflits ont alors cessé quand les territoires furent englobés au sein de l’URSS. A l’éclatement de cette dernière, les trois états recouvrirent leurs indépendances, et avec elles, leurs intérêts nationaux. La guerre éclata aussitôt entre Bakou et Erevan au sujet de plusieurs territoires ainsi que du dessin de la frontière entre les deux pays. En ce qui concerne le plateau du Haut-Karabagh, celui-ci est enclavé en Azerbaïdjan mais est habité essentiellement par des Arméniens. En 1988, dans un contexte de Glasnost (ouverture) entreprise par le dirigeant soviétique de l’époque, Mikhaïl Gorbatchev, cette communauté arménienne fit sécession et déclara l’unification à l’Arménie avec laquelle cette région ne partage aucune frontière directe.

Le conflit est politique avant de devenir économique et enfin militaire. En effet, les Azéris de l’époque se retranchèrent derrière la décision de Gorbatchev qui ne voulait pas créer un précédent dans les velléités de ses républiques qui s’agitaient les unes après les autres. Il déclara donc que les territoires et les frontières ne bougeraient pas. De leur côté, les sécessionnistes appelèrent à l’autodétermination des peuples reconnue par la constitution de l’époque.

Des manifestations ont eu lieu dans les deux capitales et des sanctions furent prises. Des pogroms anti Azéris et anti Arméniens furent déclenchés et de graves violences éclatèrent. L’Azerbaïdjan accusait Erevan de soutenir les sécessionnistes et a mis en place des blocus ferroviaires et aériens pour asphyxier l’Arménie. En 1992, la guerre s’accélère quand l’armée entre au Karabagh pour récupérer ce que les Azéris considèrent comme leur territoire. Certaines forces sécessionnistes ont alors quitté leur position face aux chars et aux hélicoptères de combat pour rejoindre l’Arménie. Cette dernière a alors menacé de rentrer aussi dans le conflit armé pour défendre ce qu’elle considérait comme ses ressortissants en danger de mort. C’est également la période ou le conflit s’internationalise. La Communauté Européenne, les USA et l’Iran offrent leur aide économique et humanitaire à l’Arménie. Après des instabilités politiques et des déboires militaires, l’Azerbaïdjan est à bout et compte sur un cessez-le-feu dirigé par la CSCE ou la Russie. Les Arméniens considéraient que la route de Bakou leur était ouverte en 1994. Cependant, le 16 mai de la même année, se réunissent à Moscou les dirigeants de l’Arménie, de l’Azerbaïdjan, du Karabagh et de la Russie pour signer un cessez-le-feu avec comme conséquence l’entérinement de la province indépendante du Haut-Karabagh dont l’existence est garantie par les forces arméniennes. Ce conflit fut à l’origine du décès de plus de 30 000 personnes. De plus, le conflit n’a jamais été considéré par les deux parties principales comme étant définitivement réglé.

C’est dans ce contexte de conflit « mis en pause » autour de la question liée à ce territoire anciennement azéri et ayant trouvé une certaine autonomie grâce à l’appui du voisin arménien que les violences ont de nouveau éclaté en 2020. Selon certains analystes de la géopolitique du Caucase, les différentes pistes de solution n’auraient jamais pu aboutir car, de son côté, l’Azerbaïdjan préparait sa revanche et, grâce à ses hauts revenus pétroliers, avait le dessein de récupérer ses anciens territoires perdus aux profits d’une communauté arménienne. Ce qui s’appelle aujourd’hui la seconde guerre du Karabagh a débuté le 27 septembre 2020, quand un assaut terrestre de forces azéries a surpris la population du territoire indépendant autoproclamé. Ce conflit va durer 44 jours pendant lesquels l’Arménie apporte son soutien à la région indépendante du Haut-Karabagh alors que les Azéris sont soutenus par les Turcs et les Syriens. Plus de 6500 personnes vont trouver la mort dans ce conflit. Un cessez-le-feu est signé par le Premier ministre arménien quand la capitale du Haut-Karabagh, Chouchi est prise par les Azéris le 9 novembre 2020. Cet accord de fin des hostilités est conduit par la Russie, médiatrice dans ce dossier international. L’accord est largement défavorable à l’Arménie car ses forces armées doivent quitter la zone entourant le Haut-Karabagh, et celui-ci perd 2/3 de son territoire dont sa capitale. La Russie déploie des forces de maintien de la paix pendant 5 ans renouvelables.

Cependant, le cessez-le-feu garanti par la Russie, dont toute l’attention est portée sur le conflit en Ukraine, vient de voler en éclats le 14 septembre dernier. Les Azéris accusent l’Arménie d’actes subversifs à la frontière alors que les Arméniens dénoncent des fusillades amorcées par l’Azerbaïdjan qui auraient couté la vie à certains de leurs soldats. La Turquie jette de l’huile sur le feu accusant Erevan de ne pas respecter l’accord de paix de 2020. La Russie n’est plus apte à maintenir la paix dans ces territoires du fait de son propre effort de guerre concentré en Ukraine.

Le processus de paix, repris depuis peu par l’Union Européenne est d’ores et déjà en danger dans cette région du monde où les intérêts géopolitiques des grandes puissances s’entrechoquent. Toutes, marchent sur des œufs dans ce conflit et appellent à la fin des combats. En effet, la Russie alliée historique de l’Arménie, préfère se montrer neutre et jouer l’arbitre depuis 2020 pour ne pas offenser l’un de ses plus gros acheteurs d’armes, à savoir l’Azerbaïdjan. L’Iran soutient également l’Arménie alors qu’Israël, allié des USA, se tient aux côtés de l’Azerbaïdjan.

La Turquie annonce clairement son soutien à ce dernier également tandis que la France accuse Ankara d’envoyer des djihadistes provenant de Syrie en Arménie.

Nous sommes dans un nouveau chapitre d’un conflit qui remonte à de nombreuses décennies. Seul l’avenir dira dans quelles directions iront ces violences. Mais comme dans tous les conflits, le peuple est le grand perdant. En effet, outre les milliers de morts, ce sont également de nombreux déplacés arméniens et azéris vers la Géorgie, la Turquie ou la Russie qui sont à dénombrer ainsi qu’une grande dégradation sanitaire et une explosion des cas de Covid-19 au sein des territoires en guerre.

 

De son côté, la Belgique soutient entièrement le cessez-le-feu et le respect de celui-ci. Elle se range du côté de l’Union Européenne qui tente un processus de paix sous l’égide de Charles Michel. Selon ce dernier, l’intégrité territoriale de chacun doit être respectée et l’arrêt des bombardements doit être entériné.