Nuoceans, les tongs de l'avenir !




Le Débrief’Mag est parti à la rencontre de Hadrien Lejeune, co-fondateur de Nuoceans : une start- up originale et spécialisée dans le recyclage des déchets plastiques. 

 

 

Nucoeans est une start-up spécialisée dans le recyclage des déchets plastiques. Pouvez-vous nous en dire plus ?

On s’intéresse principalement à un type de déchet : les tongs. Tout a commencé lors d’un voyage à Bali (en Indonésie). Les deux autres co-fondateurs, qui viennent d’un milieu plus « scientifique » et moi « business », étaient choqués de la pollution qui se trouvait sur les plages et sur les océans. Il y avait un déchet qui les interpellait particulièrement: les tongs. C’est bizarre car nous ici quand on pense à la pollution plastique, on pense aux pailles, aux bouteilles, etc. Selon l’organisation locale des plages, les tongs représentent 20 % des déchets récupérés. C’est énorme. C’est à partir de ce moment qu’on a commencé à faire des recherches et on s’est rendu compte de deux choses. La première est que les tongs sont le type de chaussures le plus vendu au monde, avec plus de trois milliards d’exemplaires produits chaque année. Quand on y pense, on est 7 milliards donc, c’est presque la moitié de la population. Ici, en Europe, on ne s’en rend pas forcément compte mais dans les pays en développement, ils portent cela tout le temps. La deuxième chose, qui est plus intéressante, c’est que ce n’est pas un déchet qui peut être valorisé. Il est juste récupéré des océans et mis en décharge. C’est là qu’on a pensé à toutes les alternatives qu’on pouvait faire avec ce type de déchet. 

Le plastique utilisé provient, majoritairement des océans. Cela vient-il d’un endroit en particulier ?

Pour l’instant, on récupère ces plastiques en Thaïlande. Tout simplement, parce que nous avons un accord avec un professeur d’université qui a une ONG (organisation non-gouvernementale). Mais c’est un type de déchet qu’on retrouve dans plusieurs pays en développement. Ceux qu’on a déjà visités sont l’Indonésie (à Bali), l’Afrique et le Brésil. Notre but au plus long terme, une fois qu’on a réussi à ramener le processus de fabrication des feuilles, on voudrait les prendre en Afrique, car cela diminuerait la distance de transport. Pour la petite histoire, les tongs sont un déchet qu’on ne retrouve pas tellement sur nos plages en Europe. Comme on ne peut pas les récupérer, on les envoie dans ces pays en développement. 

Quels sont les chiffres et l’impact de Nuoceans sur ce problème de pollution des plages et océans ?

C’est une bonne question car l’impact est toujours quelque chose de difficile à définir. Souvent, on répond à cette question avec des chiffres par rapport au CO2. Nous ce
qu’on fait, le gros impact qu’on a un, c’est qu’on ne réutilise aucune nouvelle matière pour produire la sandale. La sandale est recyclable en elle-même. Maintenant, à notre échelle, on peut faire plus de 5 000 feuilles de déchets par mois (une feuille de plastique recyclée équivaut à une surface de 30 x 30 cm2). On peut en faire avec une, trois sandales. Mais on voudrait les augmenter en taille pour maximiser le nombre de sandales dessus et puis, il y a d’autres types d’impact qui peuvent arriver. Par exemple, dans notre communication, on explique d’expliquer aux jeunes générations les erreurs qu’on a faites.

On voit beaucoup de projets, comme le vôtre, qui s’intéresse à l’environnement. C’est porteur d’espoir. Toutefois, certaines personnes sont pessimistes. Qu’est-ce que vous voudriez leur dire ?

En fait, on s’est rendu compte de cette problématique, c’était avant le Covid et la guerre Ukraine-Russie et tout ce qui passait à la télévision, radio, c’était par rapport à
l’environnement. Cela était amené d’une manière assez négative et nous, ce qu’on voulait justement, c’était changer un peu cette dynamique en quelque chose de positive. Le message qu’on voudrait faire passer, ce sont les alternatives durables sont possibles. À terme, on voudrait que nos sandales soient au même prix que n’importe quelle sandale. On ne veut pas forcer les gens, mais on veut leur proposer le choix d’aller vers ces alternatives et surtout passer un message : tout seul, on ne peut pas faire la différence, mais qu’ensemble avoir un vrai impact. C’est une de nos valeurs, la collaboration. On sait que tout seul, on est rien, mais quand on met tous les acteurs ensembles, on peut faire quelque chose de positive. C’est ce qu’on veut représenter dans nos actions et dans nos valeurs. 

 

Pensez-vous qu’à l’avenir ce genre d’initiative sera suffisamment grande pour inverser certaines tendances ou il faudra encore d’autres acteurs ?

Note but, c’est de montrer de manière symbolique que les choses sont possibles et créer un élan d’alternative durable, parce qu’on sait que ce n’est pas juste grâce à nos sandales qu’on va sauver le monde. Mais c’est l’action des uns avec l’action des autres qui va avoir un réel impact et ce qui est intéressant aussi, c’est que cela se voit dans notre équipe. Par exemple, moi, je suis belge et je travaille depuis Bruxelles, deux qui travaillent depuis Montréal, un qui travaille depuis l’Angleterre, une qui travaille depuis l’Autriche et d’autres depuis l’Inde. Le projet est né à Londres, on a chacun fait nos parcours de vie. Mais malgré ça, on continue à travailler sur le projet et si on ne partageait pas la même vision et la même passion par rapport au projet, on se serait tous écartés de celui-ci depuis longtemps. Le message que je veux dire ici, c’est quand on a des missions qui nous tiennent à cœur et qu’on sait pourquoi on fait les choses, ça peut nous ramener ensemble et avoir un impact important. 

La Nuo, c’est la sandale que vous proposez. Allez-vous produire un autre type de produit dans le futur ?

Exactement. La prochaine étape, c’est de voir, avec ces feuilles de déchets recyclées, ce qu’on pourrait faire comme utilisation. Les idées sont infinies. On peut faire des plaines de jeux pour enfant ou l’isolation des bâtiments. On a même des gens qui nous ont contactés pour faire des matelas pour chevaux. Pourquoi pas aussi dans l’acoustique ? Il y a vraiment des utilisations qui sont énormes et on veut aussi maintenir la sandale. On est parti de ce déchet et on a fait ce même produit, qui lui est durable. Mais pour les feuilles de déchets, on peut faire trois sandales. Si on en fait plus, on peut avoir un plus gros impact. C’est notre prochaine étape.

Comment voyez-vous l’avenir de notre planète, au niveau de l’environnement ?

Disons que je me cache peut-être derrière cet optimisme de se dire qu’on va y arriver. Mais si je dois prendre vraiment du recul, je pense qu’on n’est pas vraiment pro-actif mais plutôt pro-réactif. La situation risque vraiment de partir n’importe comment et on va devoir s’adapter. Mais je pense qu’on est vraiment fort dans cela. Par exemple, je prends la situation du Covid, où il a fallu s’adapter vite. Si on sait faire ça, pourquoi pas le faire dans tout ? Je crois qu’il y a de plus en plus, surtout au sein de notre génération, de personnes qui sont conscientes de ces problèmes et qui sont prêts à faire des efforts. On va s’en sortir et on doit s’en sortir. Plutôt on le fait, et plus on a chance de sortir avec le moins de problème possible. Mais je pense qu’à un moment où l’autre, on va un peu foncer dans le mur et on va devoir s’adapter. 

 

 

Si vous deviez dire quelque chose à nos lecteurs ?

Je voudrais juste dire de faire un effort. Parce qu’il y a l’effort des entrepreneurs qui essayent de faire les choses différemment, mais il y a aussi celui des consommateurs. C’est difficile pour les initiatives comme la nôtre de se faire connaître dans un monde avec tellement de choses établies et d’informations à la minute. C’est aussi aux consommateurs, ou aux lecteurs, de voir ce qui existe sur le marché et d’aller plus loin que la facilité d’avoir tout, tout de suite. Ce n’est pas facile, mais c’est nécessaire des deux côtés.