Une femme en politique

 

Par Gauthier JACQUES

Le Débrief Mag est allé à la rencontre de Sophie Rohonyi, députée fédérale de Défi.

Sophie, une femme en politique, c’est quoi ? 

C’est indispensable… mais c’est difficile. Indispensable car les femmes constituent la moitié de l’humanité et que si nous voulons que nos autorités et nos assemblées soient correctement représentées, les femmes ont leur place car elles sont d’une part citoyennes et, d’autre part, elles ont des chose à dire à travers leurs expériences professionnelles. C’est très important mais difficile parce que déjà être une femme dans le secteur de l’emploi, c’est très compliqué car il y a encore des réflexes sexistes et il y a des difficultés inhérentes… mais être une femme en politique, il y a des difficultés supplémentaires qui s’ajoutent. On doit faire doublement ses preuves; on a beau être élue, être comme les autres, avoir un mandat, on se pose toujours des questions comme: comment s’est-elle retrouvée sur la liste?, qu’a-t-elle fait ? est-elle légitime pour ça ? etc. Alors que c’est la loi du suffrage universel, une voix est égale à une voix. La voix apportée à une femme ne vaut pas moins que la voix apportée à un homme. 

On a parfois des réflexions sexistes et on regarde comment on est habillée, comment on s’exprime ou des remarques comme « tiens, tu ne culpabilises pas d’être en réunion avec nous au lieu d’être avec tes enfants? ». Je ne pense pas qu’on va dire ça à une homme qui reste tard en réunion. J’ajouterais qu’on a toutes et tous une exposition sur les réseaux sociaux; on a tous été harcelés pour une raison X ou Y mais je pense que quand on est une femme jeune et progressiste, je pense à moi ou a mes autres collègues d’autres partis, on en prend plein la tronche parce qu’on porte une vision sur la société qui est différente, qui veut évoluer et ça dérange beaucoup de personnes qui se complaisent dans ce système et cette société. On nous le fait savoir de manière non-argumentée et violente sur toute une série de sujet. C’est compliqué mais on doit exister sur ces réseaux ! On doit communiquer sur notre travail, sur nos idées et je crois que les personnes qui nous attaquent sont embêtées car elles nous donnent raison. Une femme en politique est indispensable car il y a encore trop d’inégalités et il reste encore énormément à faire ! On se rend compte qu’on a des hommes féministes pour nous aider dans cette lutte des inégalités et dans le même temps certaines femmes ne sont pas du tout féministes comme Madame Van Peele (NVA).

Est-ce que tu es prise au sérieux ? 

Alors, parfois je fais face à des attitudes condescendantes des membres d’autres partis. J’ai eu le cas récemment avec un élu MR. Désolé de le dire… mais je ne mentionnerai pas son nom. On parlait d’un sujet en séance, je connaissais bien mon sujet et cet élu me répond: « C’est sans doute dû à la jeunesse de Madame Rohonyi, un manque d’expérience du fonctionnement de la Cour des Comptes »; un discours assez condescendant alors que je maitrisais parfaitement le sujet puisque je travaille dessus depuis plusieurs années. C’est assez violent ! L’attitude, en général, envers les jeunes femmes est parfois déplacée: ça commence à parler, ça commence à rigoler, ça regarde la couleur de la tenue. Autre exemple, j’étais en intervention sur une question d’actualité en séance plénière quand un autre chef de groupe m’a coupé la parole pour me dire « tiens, ta robe est de telle couleur, ça veut dire que tu es telle tendance aujourd’hui et que tu vas voter avec nous » alors que j’étais en train de parler. Ce sont des petits comportements qui font que, de manière isolée, on peut en rire, mais à force de les accumuler, c’est très lourd ! 

Comment faire alors ? Comment réagir aux remarques, aux réflexions ou aux attaques sur les réseaux sociaux ? 

Au début, je répondais car je pensais naïvement que la voix de chacun était importante et qu’il fallait que je réponde à chacun et peut-être qu’une insulte cache autre chose: une déception ou une incompréhension du système ou autre. Puis, vite, je me suis rendu compte que c’était invivable et irréalisable. Au parlement, je fais abstraction ou alors je réponds de manière posée. Ce qui est parfois décevant, c’est que – quand tu reçois une réflexion déplacée – personne ne réagit au moment même mais bien après coup. J’ai reçu des messages pour me dire « oh c’est vraiment pas sympa la manière dont il t’a parlé », c’est gentil mais c’est au moment même qu’il faut réagir ! On doit être solidaire en tant que femmes mais pas que… il y a des grands féministes parmi les hommes. On a également besoin des hommes et ça doit se retrouver au sein du parlement ! On est tenu par le règlement du parlement d’un respect mutuel mais force est de constaté que ce n’est pas toujours le cas !

Si tu devais transmettre un message à nos lectrices qui souhaitent rentrer en politique, quel serait-il ? 

Osez ! Ne vous laissez pas démonter ! Stéphane Hessel disait « Indignez-vous » et je trouve que nous devons nous indigner de toute une série de choses qui se passent à l’heure actuelle. On peut agir en faisant de la politique, en s’investissant dans le monde associatif, dans une entreprise en employant des personnes compétentes qui ne sont pas forcément valorisées comme elles le devraient ! Voilà le message que je voudrais livrer ! Ne pas être spectatrice mais prendre part au changement !