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Vivre entre mes balles: une vie dans la peur.

Depuis plusieurs mois, il est difficile de ne pas ressentir la pression qui pèse sur les habitants de plusieurs communes du pays. En cause : la recrudescence des fusillades en ce début d’année 2025. Si ce phénomène n’est pas nouveau, le fait que de plus en plus de civils soient touchés — blessés ou tués — alarme profondément.

À Anderlecht, la commune la plus touchée, les habitants vivent dans une inquiétude croissante. Je souhaite ici partager les émotions, les peurs et les réflexions de ceux qui, au quotidien, voient leur environnement devenir de plus en plus menaçant.

LE CONTEXTE

En 2024, on a recensé 92 fusillades dans la région de Bruxelles-Capitale, selon la police fédérale. Interrogée par la RTBF en février 2025, Astrid De Schutter, chercheuse à l’Institut flamand de la paix, confirmait que « la plupart des violences à Bruxelles sont effectivement liées au milieu de la drogue ». Ce lien est bien connu, même si la proportion exacte des fusillades réellement imputables à ces réseaux reste floue. La majorité, néanmoins, le serait.

Cette situation impactait évidemment les habitants des communes les plus touchées, mais ceux-ci trouvaient encore le moyen de se rassurer. « Si l’on ne traînait pas la nuit dans les endroits sensibles, on n’avait rien à craindre », confiaient certains.

Des fusillades non liées au trafic de drogue existaient toutefois déjà. Moins nombreuses, certes, mais bien présentes. En août 2024, un père de famille a été tué lors d’une intrusion à domicile à Ixelles. En octobre de la même année, un homme a été blessé par balle à Cureghem alors qu’il se rendait à la boulangerie. On parlait alors de malchance.

LA SITUATION ACTUELLE

En 2025, la situation semble avoir chamboulé la tendance. Les victimes civiles des fusillades sont plus nombreuses.

Sur base d’une analyse des fusillades survenues en ce début d’année, 33 % des victimes ne semblent pas être liées au trafic de drogue (contre 14 % en 2024). Ce qui relevait autrefois d’un règlement de comptes entre dealers est désormais devenu une véritable affaire de sécurité publique.

Autrefois, se balader en rue le soir n’était pas recommandé à Anderlecht. Aujourd’hui, cela devient presque impossible sans entendre, sur un ton à la fois humoristique et inquiet : « Attention à ne pas te faire tirer dessus ».

Le sentiment d’abandon grandit parmi les riverains. Beaucoup disent ne plus se sentir protégés, ni par la police ni par les autorités communales. Certains envisagent de déménager, tandis que d’autres créent des groupes de vigilance sur les réseaux sociaux. La peur n’est plus une émotion passagère : elle est devenue une norme dans l’une des communes les plus peuplées du royaume.

Le constat est brutal mais réel : les victimes de fusillades ne sont plus uniquement des trafiquants de drogue, mais aussi des civils. La faute à qui ? À des tireurs de plus en plus jeunes et facilement recrutables, ou à une explosion des violences liées au trafic de drogue ? Pourtant, les chiffres ne semblent pas confirmer cette dernière hypothèse. Le problème semble donc se situer ailleurs. Mais où ?

L’AVIS DES PARTIS ET DE LEURS ORGANISATIONS DE JEUNESSE SUR LA LÉGALISATION DU CANNABIS

Le MR et les Jeunes MR

Le MR est contre la légalisation du cannabis. Son président, Georges-Louis Bouchez, déclarait au micro de LN24 en avril dernier : « Pourquoi on le ferait pour le cannabis et pas pour les autres drogues ? C’est envoyer un signal très négatif à un moment où on devrait plutôt dire à nos concitoyens : “La drogue, ça détruit des États, ça détruit des vies, des familles.” On doit lutter contre. » Il estime également qu’il serait judicieux d’appliquer des sanctions aux consommateurs. Selon lui : « Aujourd’hui, quelqu’un qui fume son pétard doit savoir qu’il a peut-être financé les talibans (…) Quelqu’un qui prend de l’héroïne les a aussi financés. C’est la réalité géopolitique. » Les Jeunes MR, en revanche, sont historiquement pour la légalisation du cannabis. Ils plaident pour un encadrement rigoureux ainsi que pour des investissements dans la prévention et la sensibilisation. Cette divergence n’est pas nouvelle. En 2014 déjà, la présidente des Jeunes MR expliquait à la RTBF : « La situation actuelle est hypocrite : on autorise la détention, mais on interdit la vente. »

Le PS et les Jeunes Socialistes

Le PS est pour la légalisation du cannabis. Le député et vice-président du PS bruxellois, Martin Casier, explique que cette position s’inscrit dans un contexte d’augmentation de la consommation de drogues dures et de l’omniprésence de réseaux criminels et mafieux dans notre pays. Le PS plaide pour une légalisation encadrée par des balises claires : accès interdit aux mineurs, taxation ciblée, interdiction de la publicité, production limitée et autorisée sous conditions strictes. En parallèle, le parti soutient la création de structures locales de réduction des risques, de traitement, ainsi qu’un renforcement des services de police et de justice pour lutter contre le trafic de drogues à grande échelle. Du côté des Jeunes Socialistes, la position est proche de celle du parti, selon un membre de l’organisation que nous avons contacté.

Les Engagés et Génération Engagée

Les Engagés sont pour la légalisation du cannabis. Sur leur site internet, ils défendent un modèle dans lequel l’État produirait le cannabis, assurerait la prévention et accompagnerait les consommateurs. Ils soutiennent également le cannabis thérapeutique comme alternative aux dérivés morphiniques. Selon eux, la répression actuelle favorise la stigmatisation, l’exclusion sociale et l’entrée dans la délinquance. Génération Engagée, l’organisation de jeunesse du parti, n’a pas encore débattu officiellement de la question. Son président, Noah Devillers, se dit toutefois personnellement favorable à la légalisation, tout en précisant que cette position n’engage que lui. Une ligne officielle reste à définir, mais une dynamique semble se dessiner.

Ecolo et EcoloJ

Ecolo est pour la légalisation du cannabis. Dans leur programme 2024, ils proposent de réglementer le marché afin de mieux contrôler la production et la distribution. Cela passerait notamment par une interdiction de la publicité, des contrôles stricts du taux de THC et une valorisation de l’offre non marchande. EcoloJ plaide pour la légalisation de la consommation et de la détention de drogues en quantités limitées, liées à un usage personnel, ainsi que pour la culture d’un nombre restreint de plants de cannabis. Cette position officielle est inchangée depuis 2016.

DéFI et DéFI Jeunes

DéFI est pour la légalisation du cannabis. Sa présidente, Sophie Rohonyi, affirme : « DéFI défend une réglementation de la vente du cannabis. Le débat n’est pas d’être pour ou contre la drogue, mais de reconnaître que notre législation est inefficace en termes de santé publique. » DéFI Jeunes propose une législation similaire à celle du tabac et de l’alcool, ainsi qu’une taxation intelligente des ventes. L’objectif serait d’investir les revenus générés dans la prévention, la sensibilisation et la santé publique.

Denis Sova
Journaliste