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LA VIOLENCE NE CONSTRUIT RIEN

Ce dimanche 4 mai 2025, des violences ont éclaté en marge de la finale de la Coupe deBelgique de football. Des hooligans brugeois ont attaqué des citoyens bruxellois, et une réplique tout aussi violente leur a été opposée par ces derniers. À raison, les réseaux sociaux s’enflamment, les politiques s’en mêlent, et une nouvelle fois, notre pays est frappé par des tensions communautaires qui s’accroissent. Je souhaite mobiliser ce triste événement pour soulever un constat : dans des moments de crise, le paysage politique belge ne débat plus, il se divise. Et c’est un problème pour notre démocratie. RAPPEL DES FAITS Dimanche dernier, peu avant que la finale de la Coupe de Belgique de football ne débute, une dizaine de supporters brugeois cagoulés ont déboulé dans les rues de la capitale. Problème, ils ne sont pas aux abords du stade, mais dans une zone bien éloignée de celui-ci et aucunement sur le chemin vers les tribunes. Les caillassages et agressions à caractère raciste se multiplient, et les blessés bruxellois s’accumulent. La police n’étant pas présente aux moments des faits, ce sont alors les bruxellois eux-mêmes qui ont décidé de se faire justice, et ont rappliqué en agressant plusieurs supporters brugeois quelque peu après les incidents décrits ci-dessus. Résultat, plusieurs blessés (dont des policiers), une soixantaine d’arrestations administratives, un tollé de réactions politiques et citoyennes, et finalement, une question qui se pose : comment cela a-t-il pu arriver ? UN DÉBAT INVISIBILISÉ Le but de mon article n’est pas de faire le justicier, ni même de rajouter une couche au scandale qu’ont constitué ces incidents : c’est même tout l’inverse. S’indigner est normal, manifester est un droit, et faire entendre sa colère tout autant, mais où sont les politiciens qui font un pas en arrière, se placent au-dessus de la mêlée, et se mettent autour d’une table pour discuter des causes profondes ayant pu engendrer ces incidents ? Avons-nous perdu le sens des responsabilités ? Je dois probablement être utopiste, mais dans ma conception de la politique, après des incidents comme ceux qu’on vient de vivre, le lendemain, au soir, deux acteurs politiques se confrontent en prime-time sur une chaîne de télévision : un représentant du gouvernement, et un représentant de l’opposition. Avec calme et respect, ils discutent de ce qui n’a pas été, de ce qui a causé ceci, et de ce qui peutet va être fait pour régler cela. Ne méprenez pas mes propos, je ne dis pas que la gronde populaire ne doit pas avoir lieu. Je ne dis pas non plus que les politiques doivent être déconnectés de la réalité. Ce que je dénonce, c’est un surplus de manifestations populaires des forces politiques d’opposition, et une absence problématique de débats constructifs avec la majorité. Est-ce une stratégie populiste, révolutionnaire, contestataire ? En tout cas, c’est une manière de faire de la politique qui prône la violence au lieu de l’écoute ; les punchlines plutôt que les discours construits ; les indignations au détriment des solutions. LE PAYS DU CONSENSUS ET DU DIALOGUE, VRAIMENT ? C’est tout naturellement vers cette interrogation que je me dirige pour conclure cet article : si le dialogue entre l’opposition et la majorité n’existe plus dans les moments de crise les plus intenses — comme celui qu’a traversé le pays dimanche dernier, et qui est le reflet d’une tension communautaire palpable dans la société — alors a-t-on perdu notre culture du dialogue et du consensus ? Cette culture et tradition qui ont tant mis en valeur notre pays aux yeux des autres puissances européennes et mondiales. Où est la diplomatie lorsque l’opposition ne souhaite plus dialoguer constructivement avec la majorité ? Avons-nous, face à nous, des forces politiques qui sont véritablement prêtes à gouverner dans le futur ? Comment faire pour redonner envie aux citoyens de s’intéresser à la politique si même les politiques ne s’intéressent pas à leurs propres pairs ? Tant de questions qui suscitent la réflexion sur ce climat de tension permanent qui anime notre société depuis plusieurs mois maintenant. Il y a, derrière, toute une génération qui regarde ce que font leurs aînés et qui se demande si son engagement politique va encore mener à quelque chose. Dans cette société divisée, y a t-il encore un chemin par lequel on recollerait les bouts d’un vase brisé pour retrouver foi en notre classe politique ? Pendant que la majorité s’efforce de construire un projet cohérent, l’opposition gronde et ne propose rien de constructif. On dit souvent que la violence ne résout rien, et c’est vrai. Sauf qu’ici, il n’est plus question de résoudre, il est question de construire. Construire un meilleur vivre ensemble, construire un pays plus fort économiquement, socialement, diplomatiquement. Et pour ça aussi, la violence est contre productive. La grande plaie de notre système politique n’est pas le manque de motivation des citoyens ou des politiques, on le constate bien avec les mouvements électoraux, ou même les engagements citoyens qui explosent, mais bien le fait que cette énergie soit mise au service de l’accroissement d’une division de la société plutôt qu’au profit de la construction d’un projet rassembleur. S’engager pour des causes est devenu monnaie courante, mais s’engager pour des valeurs beaucoup moins. La construction, le dialogue, le respect : incarnons une jeunesse friande de diplomatie et de consensus, et essayons d’apporter notre contribution à cette société qui en a grand besoin. Denis Sova Rédacteur

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Sous quota, Sans projet : Un potentiel étouffé ?

« Mon employeur a refusé d’adapter mon horaire, alors que mon médecin avait clairement indiqué que je ne pouvais pas faire de journée complète. Il m’a dit que ce serait injuste pour les autres. » « Lors de mon stage, on m’a demandé de rester en retrait des clients. Ils avaient peur que mon fauteuil fasse “mauvais effet ». » Ces témoignages ne sont pas isolés. Ils figurent parmi les nombreuses situations documentées par Unia, centre interfédéral pour l’égalité des chances, dans ses rapports annuels. L’institution a enregistré en 2022 une augmentation des signalements de discriminations liées au handicap dans le domaine de l’emploi, notamment pour refus d’aménagements raisonnables, ruptures de contrats abusives et obstacles au maintien dans l’emploi. En Belgique, les dispositifs d’aide à l’insertion professionnelle existent : primes à l’embauche, accompagnement par les services régionaux, actions de sensibilisation, mesures du Plan fédéral Handicap 2021–2024. Et pourtant, les résultats sont consternants. Selon le rapport annuel du SPF BOSA (2022), le taux d’emploi des personnes en situation de handicap dans la fonction publique fédérale plafonne à 1,09 %, loin des 3 % fixés par la réglementation. Dans le secteur privé, il n’existe à ce jour aucune obligation légale contraignante en matière de quotas, contrairement aux pays voisins comme la France ou l’Allemagne. Dans les faits, la majorité des personnes concernées en Belgique restent exclues du monde du travail — non par choix, mais par défaut de politique efficace et de mise en œuvre réelle. Mais ce déficit d’accès à l’emploi révèle un problème structurel plus profond. Une étude de la Fondation Roi Baudouin (2022) montre que 75 % de ces personnes jugent nécessaire de mieux informer et sensibiliser les employeurs à leurs besoins spécifiques. Les obstacles sont multiples : préjugés persistants, discriminations, manque de soutien, absence d’aménagements ou de postes de travail adaptés. C’est dans ce contexte que le Plan fédéral Handicap 2021–2024, lancé sous le gouvernement De Croo, a été présenté comme une étape structurante dans la mise en œuvre de la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes en situation de handicap. Parmi ses 145 mesures, plusieurs portent sur l’insertion professionnelle : procédures de recrutement spécifiques dans la fonction publique fédérale, adaptations envisagées aux indemnités de déplacement, encouragement de l’économie sociale via les marchés publics. Ces initiatives vont dans le bon sens, mais elles restent limitées par des défauts structurels majeurs. Selon le rapport final du plan (avril 2024), plusieurs mesures restent à l’état de projet, sans budget dédié ni pilotage clair. Aucun quota n’est imposé dans le secteur privé, et les mécanismes de suivi sont quasi inexistants. Les indicateurs sont flous, les responsabilités diluées. Certaines actions relèvent davantage de l’intention que de la transformation. Les recrutements spécifiques restent rares et non systématisés. Le taux d’emploi dans la fonction publique n’évolue pas. Quant aux clauses sociales prévues dans les marchés publics, elles sont très peu appliquées, faute de coordination ou de suivi. Un rapport intermédiaire du SPF Sécurité sociale (2023) souligne une mise en œuvre très inégale entre administrations. Le Conseil Supérieur National des Personnes Handicapées (CSNPH) résume la situation dans un avis lucide : « Les mesures sont importantes, mais leur exécution dépend encore trop de la bonne volonté des acteurs. » En l’état, le plan ressemble davantage à un catalogue de bonnes intentions qu’à une politique de transformation apte à corriger une exclusion structurelle. L’exclusion professionnelle commence dès la formation. Une étude de Statbel (2021) indique que seules 15,1 % des personnes ayant une santé fragile suivent une formation professionnelle, contre 54,6 % des personnes en très bonne santé. Peu d’offres prennent en compte les besoins spécifiques : accessibilité numérique, langage clair, présence d’interprètes, rythme adapté. Et même quand la formation est possible, la transition vers l’emploi reste fragile. Les freins sont nombreux : locaux inaccessibles, logiciels incompatibles avec les aides techniques, procédures standardisées, absence de suivi individualisé. Une personne autiste ou avec un trouble psychique sera souvent écartée dès l’entretien. Une personne à mobilité réduite devra continuellement justifier des besoins pourtant évidents. Le droit au travail devient, dans ces conditions, une promesse abstraite. Cette situation ne relève pas d’un oubli. Elle s’inscrit dans une logique institutionnelle où l’inclusion est pensée comme un effort moral, non comme la reconnaissance pleine des compétences et du potentiel. La philosophe Nancy Fraser l’exprime dans Reconnaissance ou Redistribution (2005) : « La reconnaissance sociale est tout aussi essentielle que la redistribution. » Aujourd’hui, les personnes en situation de handicap qui peuvent travailler ne sont pas vues comme des professionnelles légitimes. Elles restent confinées à des rôles passifs. Ce manque de reconnaissance perpétue leur invisibilité sociale et freine les dynamiques économiques. Pourtant, l’OCDE et l’OIT ont montré que l’exclusion coûte cher : jusqu’à 7 % du PIB, selon l’OIT, en pertes de productivité, sous-emploi, et pression accrue sur la sécurité sociale. À l’inverse, les pays qui investissent dans des politiques d’inclusion actives constatent une hausse de la participation, une réduction des inégalités, et une économie plus résiliente. Inclure, ce n’est pas seulement réparer une injustice : c’est aussi un investissement rationnel et durable. Pendant ce temps, les associations tentent de pallier les défaillances publiques. Elles soutiennent, accompagnent, orientent. Mais elles-mêmes sont en difficulté. En 2024, un collectif de 360 associations bruxelloises alertait sur l’instabilité des subventions et l’épuisement des ressources humaines. Certaines ont dû refuser des accompagnements, non par manque de demande, mais faute de personnel. On ne peut pas demander à des structures précaires de compenser des politiques défaillantes. À côté de ces blocages, des pistes prometteuses émergent. L’entrepreneuriat permet à certaines personnes de créer un cadre de travail adapté à leurs besoins. Mais les structures d’accompagnement comme JobYourself ou microStart ne sont pas toujours formées aux spécificités du handicap. Le numérique offre aussi des leviers puissants — télétravail, synthèses vocales, lecteurs d’écran, sous-titrage automatique. Mais ces outils restent sous-utilisés, faute de formations accessibles, d’interfaces inclusives et d’un cadre structurant. Il faut donc repenser le travail comme un droit fondamental à rendre effectif — pas seulement proclamé. Comme le rappelle

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Au cœur de la propagande masculiniste

Quelle est l’origine des flammes qui brûlent dans le regard de ceux qui nous haïssent … ? Le parfum de cette interrogation nous plonge au cœur d’un univers où les femmes sont méprisées, insultées, violentées voire sauvagement assassinées. Insidieuse et fantomatique, la propagande masculiniste inonde tous les réseaux sociaux. Elle empoisonne les esprits des plus jeunes, elle s’invite dans les écoles et elle détruit nos amours contemporains. La communication entre les hommes et les femmes s’est effritée et nombreuses sont les relations qui en furent brûlées. Le présent article ne cherche pas de responsable. Il poursuit l’ambition de plonger son lecteur dans les abysses d’une brûlante réflexion : quelle est l’origine des flammes qui brûlent dans le regard de ceux qui nous haïssent ? Depuis des temps immémoriaux, la domination masculine est considérée comme un « ordre naturel » voire divin. Il n’est donc pas nécessaire de remonter le temps de quelques siècles pour porter notre regard sur une société quelconque où la situation des femmes semblait condamnée pour l’éternité. Observons plutôt les choses telles qu’elles sont aujourd’hui. Observons ce monde où Vladimir Poutine et Donald Trump considèrent la virilité comme l’essence même de notre société. Observons ce chaos où les hurlements et les souffrances des victimes sont enfouis dans l’oubli. Observons toutes les violences faites aux femmes, qu’elles soient symboliques, sexuelles ou psychologiques. Observons les vertiges causés par les maux qui pourrissent la gent féminine d’aujourd’hui. Et considérons l’évidence suivante : les injustices du passé et celles du présent sesoient conjuguées dans une formule maléfique. Ainsi la question demeure : quelle est l’origine des flammes qui brûlent dans le regard de ceux qui nous haïssent ? C’est peut-être au cœur de la « manosphère » que l’on trouvera des pistes. Cette dernière se définit comme un réseau de sites Web et de forums en ligne. Une constellation de la misogynie. Protégés par l’anonymat, des milliers d’hommes échangent des conseils, discutent stratégies de conquête, se vantent de maltraiter les femmes et publient des commentaires sexistes, homophobes et racistes. Parmi toutes les idées vantant la manipulation voire la destruction de la gent féminine, on retrouve, lorsque l’on est attentif, des éléments intéressants. A savoir des peurs, des secrets et des souffrances que les hommes se chuchotent entre eux : « Pourquoi aucune femme ne veut de moi ? ». « Peut-on sortir avec une belle femme lorsque l’on est pauvre ? ». « Serais-je un jour performant sur le plan sexuel ? ». « Pourquoi toutes les femmes me trouvent moches ? ». « Comment devenir riche et musclé ? ». « Pourquoi les femmes sont-elles horribles avec nous ? ». « Comment devenir un mâle alpha ? ». « Après des millénaires de puissance, d’autorité et de domination, que reste-t-il aux hommes ? ». Revenons-en à notre interrogation initiale : quelle est l’origine des flammes qui brûlent dans le regard de ceux qui nous haïssent ? Nous pourrions évoquer des facteurs culturels, juridiques,historiques, religieux voire économiques. Mais notre réflexion perdrait de sa substance. Car les réponses les plus pertinentes sont parfois les plus inaccessibles. En effet, les confidences partagées en ligne trouvent leurs racines dans les larmes des hommes. Ces informations lacrymales sont sources de richesses et de révélations susceptibles d’enrichir notre compréhension. Malheureusement, la manosphère impose l’idée selon laquelle un homme, un « vrai », ne pleure jamais. Et pourtant, … la plus belle force que l’homme peut revendiquer est celle d’avouer sa vulnérabilité. Source :Quelles sont les causes de la violence fondée sur le genre ? – Questions de genre « Mâles in USA », la revanche des hommes blancs en colère Sur les réseaux sociaux, la pensée masculiniste de la « manosphère » cible les jeunes adolescents Mélissa Tshinyama Rédactrice

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La santé mentale et les jeunes, un enjeu majeur trop souvent ignoré

La santé mentale des jeunes est un sujet crucial de notre société, simplement, il est encore trop souvent mis de côté ou non-pris au sérieux. Alors que les problèmes psychologiques tels que l’anxiété ou la dépression explosent parmi les jeunes, les moyens mis en place pour les accompagner et les soutenir restent insuffisants. Malgré quelques avancées, les infrastructures déjà présentes, peinent à répondre aux différents problèmes liés à la santé mentale. Une augmentation inquiétante des troubles psychologiques : En Belgique, les chiffres liés à la santé mentale chez les jeunes augmentent considérablement. Selon l’UNICEF, en 2022, 16,3% des jeunes âgés entre 10 et 19 ans en Belgique, sont diagnostiqués avec un trouble mental et selon l’Institut Sciensano (belge), un jeune sur trois souffrirait de troubles anxieux ou dépressifs. La pandémie de Covid-19 a, selon l’UChicago Medecine, aggravé la situation, entraînant une hausse des consultations psychologiques pour des cas de détresse profonde. Les causes de ces troubles sont souvent liées à la pression académique ou scolaire, les informations quotidiennes liées aux conflits mondiaux par exemple et la précarité économique. Malgré cette réalité, les jeunes ont du mal à parler de ce qui leur pèse, en raison de la stigmatisation qui entoure la santé mentale et de la non-prise au sérieux des problèmes qui les touchent. Des services saturés et insuffisamment financés : Le principal problème lié à la santé mentale en Belgique réside dans le manque de structures accessibles, en termes financier et temporel, aux jeunes. En effet, tant en Wallonie qu’en Flandre et à Bruxelles, les services psychologiques et psychiatriques souffrent d’un manque de financement et de sous-effectif. Le délai pour obtenir une consultation avec un psychologue et ou un psychiatre peut atteindre plusieurs mois, décourageant ainsi les jeunes à consulter. Bien que des initiatives aient déjà été mises en place, telles que le remboursement partiel de la consultation via l’INAMI, cela ne reste pas suffisant étant donné le long délai avant d’obtenir une consultation. Les écoles et les universités en première ligne : Face à l’augmentation des troubles psychologiques chez les jeunes, certaines écoles et universités ont mis en place des plateformes/cellules de soutien afin de libérer la parole autour de ce sujet encore bien tabou dans de nombreux espaces. Cependant, ces espaces d’accompagnement, sont encore trop souvent méconnus des jeunes ou alors, ils n’arrivent pas à franchir le pas s’ils ne sont pas accompagnés de quelqu’un dans leur démarche.  La santé mentale des jeunes en Belgique est un enjeu majeur de la société actuelle trop souvent mis à la marge des discussions et débats publics. Arriverons-nous, un jour, à voir une société où la santé mentale est prise au sérieux, les jeunes sont accompagnés et les chiffres liés aux troubles psychologiques baissent ? C’est en cours et nous, en tant que jeunes libéraux mais avant tout jeunes, y croyons très fortement car ce sujet nous touche tout particulièrement. Shana Rojtman – – Van Wynsberghe Rédactrice

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Éducation financière : l’investissement des jeunes à l’épreuve des inégalités

1. Un monde sous tension : quand la géopolitique fait trembler les marchés Se souviendra-t-on du Liberation Day comme du jour qui a mis fin à la mondialisation ? Le 2 avril dernier, l’administration Trump annonçait l’instauration de tarifs douaniers pour un ensemble de pays – 20 % à l’encontre de l’Union européenne. Une mesure qui semble marquer un tournant dans l’histoire du commerce international, sinon le glas du libre-échange. En réaction, la Chine a riposté en fixant des droits de douane à hauteur de 34 %. Et si Ursula von der Leyen s’est dite prête à réagir, le Premier ministre Bart De Wever a préféré évoquer « la voie du dialogue »… La porte des négociations reste donc entrouverte. Les politiques protectionnistes du chantre de l’America First ne sont pourtant pas nouvelles : les déclarations du président américain sur le conflit russo ukrainien, celles de J.D. Vance lors de la Conférence de Munich et les interventions médiatiques d’Elon Musk avaient déjà rappelé l’urgence d’un sursaut européen ainsi que la nécessité de renforcer notre autonomie stratégique sur les plans économique, industriel, militaire et politique. En attendant, les marchés encaissent le choc du Liberation Day. Aux États-Unis, le S&P 500, qui avait atteint un sommet en février, a brutalement chuté. En Belgique, le Bel 20 a connu l’une de ses pires séances depuis la crise du Covid, effaçant l’intégralité de ses gains de l’année. Ironie de l’histoire : le baromètre ING publié quelques semaines plus tôt révélait une confiance étonnamment forte des investisseurs belges envers… les États-Unis, et en particulier les secteurs de l’industrie et de la technologie. Cette foi dans la résilience du marché américain semble se heurter aujourd’hui au retour du réel et mettre à l’épreuve les nouveaux investisseurs. La quête de “l’argent facile” ou du “bon coup” est pleine de promesses. En effet, les jeunes Belges sont de plus en plus nombreux à se diriger vers des Exchange-traded funds (ETF) qui répliquent l’indice boursier américain S&P 500 ou des actifs risqués tels que la cryptomonnaie (après avoir atteint 109.000 dollars le jour d’investiture de Donald Trump, le Bitcoin est ainsi redescendu à son niveau d’avant les élections de novembre). Ce constat mérite notre attention : dans un contexte où les certitudes économiques vacillent et où les règles du commerce mondial se redessinent, la capacité à investir avec discernement devient un enjeu stratégique pour les jeunes générations. 2. De l’inégalité d’accès au savoir à l’enjeu de la liberté financière Malgré cet intérêt croissant pour la Bourse, selon la Fédération belge du secteur financier Febelfin, les principales raisons qui freinent les jeunes Belges dans leur volonté d’investir sont le manque de moyens, la peur de perdre de l’argent, et un déficit de connaissances financières. Résultat : leurs économies, quand elles existent, dorment. L’un des principes fondamentaux en investissement – celui des intérêts composés – rappelle que plus on commence tôt, plus le capital croît de manière significative avec le temps. Mais encore faut-il en comprendre les mécanismes. La définition de l’éducation financière donnée par l’OCDE insiste sur l’importance de savoir comprendre et évaluer les produits financiers, prendre des décisions éclairées, et ainsi améliorer son bien-être économique. Or, ces compétences restent souvent hors de portée pour une grande partie de la jeunesse. Les disparités de revenus et les questions d’héritage ne doivent pas faire oublier combien le manque d’accès à une éducation financière de qualité exacerbe significativement les inégalités socio-économiques. Disposer de compétences financières de base est essentiel pour gérer efficacement son budget et développer un patrimoine à long terme. Cette fracture est d’autant plus préoccupante que l’on sait – selon les études de Febelfin – qu’il existe une forte corrélation entre la connaissance financière, le  sentiment d’implication et la probabilité de rencontrer des difficultés économiques. Certains jeunes, issus de milieux favorisés, évoluent dans des contextes où l’éducation financière est transmise de manière informelle, leur offrant un accès anticipé et privilégié aux mécanismes de l’investissement. À l’inverse, celles et ceux dont les familles perçoivent encore l’argent comme un sujet tabou, ou qui ne bénéficient d’aucun accompagnement éducatif structuré, sont souvent exclus de cette dynamique. Ils deviennent alors particulièrement vulnérables aux turbulences économiques, ce qui accentue les fractures sociales existantes. Une éducation financière robuste constitue un levier essentiel pour une gestion personnelle efficace, mais également pour garantir la stabilité économique et sociale sur le long terme. Face à ce constat, des valeurs comme l’autonomie, la responsabilité individuelle et l’égalité des chances doivent être réaffirmées. Une étude menée en 2017 soulignait déjà l’importance d’intégrer ces apprentissages dans le parcours scolaire. L’école aurait donc un rôle a jouer : « Celle-ci doit créer l’espace nécessaire pour soutenir les jeunes issus de milieu sociaux défavorisés, qui ont tendance à être moins confronté à la socialisation financière à la maison. L’éducation financière à l’école permet d’atteindre tous le jeunes, en développant leurs compétences financières dans un contexte changeant marqué par le vieillissement de la population et la complexité croissante de l’environnement financier. » Investir dans l’éducation financière des jeunes apparaît comme la réponse la plus durable à l’instabilité ambiante. Car ne pas comprendre les règles du jeu, c’est s’en exclure d’office. La liberté financière ne s’improvise pas : elle s’apprend. Références Febelfin, « L’éducation financière des jeunes à améliorer », 2023. OCDE, « Principes de base de l’éducation financière », consulté en 2024. Van Campenhout, G. et al., « L’éducation financière à l’école : une stratégie pour réduire lesinégalités économiques », 2017. Baromètre ING des investisseurs, Février 2025. L’Echo, « Les Belges investissent de plus en plus jeunes et prennent plus de risques », 23août 2024. L’Echo, « Pire séance depuis la crise du covid pour le Bel 20 », avril 2025. L’Echo, « Droits de douane : Trump fait vaciller les marchés », avril 2025 Marin Buyse Rédacteur

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Actualités Politique

La polarisation excessive du débat public : que penser ?

La politique s’immisce aujourd’hui dans tous les aspects de notre société. Santé, éducation, culture, sécurité : chaque sujet est devenu un terrain propice à un affrontement entre partis. Et là où certaines thématiques auraient pu — et devraient — faire consensus, elles sont désormais instrumentalisées à des fins électorales, alimentant de fait une polarisation grandissante dans le débat public. Dans cet article, je vais d’abord revenir sur ce qu’est la polarisation, et sur la manière dont elle s’imbrique en politique. Ensuite, j’aborderais un exemple concret qui, à mon sens, illustre assez bien ce phénomène. Et enfin, j’essaierais de poser les briques fondatrices d’une réflexion autour de la question de la polarisation dans notre société, et sur la manière dont elle risque d’évoluer. La polarisation en politique : une mécanique bien rodée D’un extrême politique à l’autre, d’un pôle géographique à un autre, la polarisation semble avoir toujours existé. Faire apparaître deux pôles au sein d’une structure, comme l’une des définitions de la polarisation proposée par le Larousse le suggère, est en effet un processus qui facilite la clarté et une meilleure compréhension de manière générale. En politique, on peut dater l’apparition de cette polarisation à la Révolution française de 1789, lorsque les députés de l’Assemblée nationale étaient répartis selon leur affinité politique : à droite, les partisans de l’Ancien Régime et de la monarchie ; à gauche, les révolutionnaires favorables à la République. Quant aux extrêmes, ils apparaissent au XIXᵉ siècle avec, d’un côté, les mouvements royalistes ultraconservateurs et, de l’autre, l’émergence des premiers mouvements communistes. Cependant, malgré ces différences idéologiques profondes, la gauche et la droite ont su se rallier à des causes communes, telles que la défense de l’unité nationale en temps de guerre ou la promotion des valeurs démocratiques et universelles consacrées par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Une perte de valeurs communes : retour sur un cas récent Ces valeurs communes et universelles, contenant notamment les libertés fondamentales ainsi que de nombreux droits humains, ne sont que très rarement contestés dans nos démocraties contemporaines — à l’exception des partis extrêmes, qui tiennent d’ailleurs cette appellation moderne de cette contestation de valeurs. Seulement, le 8 mars dernier, à l’occasion de la Journée internationale des Droits des Femmes, les membres du parti libéral ont été violemment exclus de la manifestation pour la défense des droits des femmes à laquelle ils participaient. Pire encore, la présidente du Conseil des Femmes Francophones de Belgique, Sophie Rohonyi, a tenu les mots suivants : « (…) je peux comprendre que la venue du MR avec de telles pancartes qui disent l’inverse de ce qu’ils ont fait, de ce qu’ils ont fait entrer dans l’accord du gouvernement, a été vécu comme une provocation ». Au-delà de la remise en question troublante de la légitimité du MR à défendre les droits des femmes par Sophie Rohonyi (cf. article https://debrief.be/pourquoi-les-liberaux-sont-legitimes-dans-la-defense-des-droits-des-femmes/), ces propos posent une question plus large sur l’un des droits fondamentaux de nos démocraties : le droit à manifester. Lorsque la présidente du CFFB, un organe pluraliste, dit « comprendre que la venue du MR (…) ait été vécu comme une provocation », cela suggère que certains partis seraient plus légitimes à manifester que d’autres. Cela revient à dire que certaines causes — pourtant universelles — n’appartiendraient plus qu’à un seul camp politique. Et c’est dangereux. Réflexion autour d’une polarisation excessive, provoquée et dangereuse La polarisation en politique est naturelle. Qu’elle soit souhaitable ou non dépend des convictions de chacun. Le fait est qu’elle existe et qu’il faut composer avec. Toutefois, lorsqu’elle devient artificielle, volontairement attisée et conçue pour façonner le paysage politique selon des intérêts électoraux, elle devient une menace pour la démocratie. Nous n’assistons plus à un débat d’idées basé sur un clivage politique gauche-droite, mais bien à une confrontation systématique entre les partis au pouvoir et ceux qui leur sont opposés. Cela pourrait sembler naturel, mais lorsqu’il s’agit de formations partageant une même base idéologique, l’opposition devient parfois factice et opportuniste. Il n’est pas exclu que certains partis renoncent à leurs valeurs fondatrices uniquement pour marquer leur opposition. Il n’est pas exclu que certains aillent jusqu’à remettre en question des principes universels simplement pour exister politiquement. Il n’est pas exclu, enfin, que ces incohérences soient masquées par un discours émotionnel destiné à capter l’attention des électeurs. Loin d’être un simple affrontement idéologique, la polarisation politique actuelle semble devenir un outil stratégique, où le désir de différenciation l’emporte sur la cohérence et l’intérêt général. Si la polarisation peut être utile pour structurer le débat public, elle devient dangereuse lorsqu’elle conduit à l’exclusion de certaines voix et à la fragmentation excessive de la société. Peut-on encore espérer un retour à un débat politique fondé sur des idées plutôt que sur une opposition artificielle ? La question reste ouverte, mais il est essentiel d’en prendre conscience pour ne pas sombrer dans un clivage stérile où l’idéologie prime sur la raison. Denis Sova Rédacteur

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Quand la sécurité devient un privilège : pourquoi les dispositifs d’urgence échouent face à la diversité des besoins ?

Que faire lorsqu’on est confronté à une situation d’urgence — une crise médicale, une agression, un incendie — sans pouvoir appeler les secours ? C’est une réalité pour de nombreuses personnes sourdes, malentendantes ou ayant des troubles de locution. Pour répondre à ce besoin, le 112 a mis en place une application dotée d’un chat, censé permettre de contacter les services d’urgence par message écrit. Ce dispositif, pensé comme une solution d’égalité d’accès à la sécurité, devait offrir une alternative aux appels téléphoniques classiques. Au moment critique, le chat a échoué. Cette défaillance technique peut entraîner des conséquences graves, laissant la personne porteuse d’un handicap sensoriel ou verbal sans assistance. Dès que le problème a été médiatisé, la députée Julie Tatton a interpellé le gouvernement en commission parlementaire. Peu après, le ministre Bernard Quintin a annoncé qu’une « attention particulière » serait portée à la résolution de ce problème : « Nous renforçons les possibilités d’interaction non verbale lors des appels d’urgence, notamment pour les personnes malentendantes (sourdes et ayant des troubles de communication), et nous menons des actions pour le faire connaître au public. » Cette déclaration constitue une reconnaissance politique du problème. Mais elle met également en lumière une faille institutionnelle : pourquoi une défaillance dans un service destiné à une population vulnérable n’a-t-elle été détectée qu’après une médiatisation publique ? Ce n’est pas seulement une question de gestion technique : c’est le signe d’un modèle institutionnel centré sur une norme dominante, où l’accès à la sécurité reste conditionné à la capacité de fonctionner dans le cadre de cette norme. Une réponse politique ponctuelle, mais une défaillance systémique La mise en place du chat du 112 répondait à une volonté politique légitime : rendre les services d’urgence accessibles aux personnes qui ne peuvent pas utiliser la voie téléphonique classique. Cependant, le fait que le dispositif ait été opérationnel sans véritable contrôle ni test approfondi révèle une faille dans la gestion des services publics. L’accessibilité est trop souvent pensée comme une correction secondaire, et non comme une composante essentielle du dispositif de sécurité. Les services d’urgence sont conçus prioritairement pour les usagers « standardisés », capables de s’exprimer verbalement, laissant les autres à une prise en charge de second ordre. Le sociologue Robert Castel a théorisé ce modèle d’exclusion implicite dans son analyse des sociétés modernes : « La protection sociale repose sur un modèle d’intégration où la reconnaissance des droits est fondée sur la conformité à un modèle dominant de citoyenneté. Toute déviation par rapport à ce modèle crée une situation de vulnérabilité structurelle. » Autrement dit, l’accès aux services publics reste conditionné à la capacité de se conformer à une norme d’interaction sociale. Ce n’est pas une exclusion explicite, mais une incapacité systémique à concevoir la sécurité comme un droit fondamental garanti à toutes et tous. Une nouvelle initiative, un ancien schéma d’exclusion Le 8 mars dernier, lors de la Journée Internationale des Droits des femmes, le ministre Yves Coppieters a annoncé une série de mesures pour renforcer la lutte contre les violences conjugales. En visite au Pôle de Ressources Spécialisées en Violences Conjugales et Intrafamiliales à Liège, il a présenté deux axes stratégiques : L’augmentation des moyens alloués au Pôle DIViCo (Dispositif de Lutte contre les Violences dans le Couple) ; La création d’un numéro d’appel unique à trois chiffres pour simplifier et centraliser la prise en charge des victimes. C’est là que réside le cœur du problème systémique : cette nouvelle initiative est pensée pour répondre aux besoins de la majorité — des victimes capables de passer un appel vocal en cas d’urgence. Les victimes sourdes, malentendantes, ou ayant un trouble de locution, pourtant exposées à un risque accru de violences intrafamiliales, risquent d’être laissées de côté dans la conception du dispositif. L’idée d’un numéro d’appel unique à trois chiffres repose sur un principe d’accès facilité : une solution simple à mémoriser, rapide à composer, et censée garantir une réponse immédiate en cas d’urgence. Mais une telle initiative, bien qu’efficace pour la majorité, soulève une question fondamentale : Faciliter l’accès le rend-il réellement accessible à toutes et tous ? les femmes porteuses d’un handicap sensoriel ou verbal, incapables d’utiliser un appel vocal classique, seront-elles prises en compte dans la mise en œuvre de cette initiative ? Ce paradoxe, entre une volonté d’accessibilité et une exclusion persistante, est d’autant plus problématique que ces femmes sont justement plus exposées au risque de violences. Les femmes en situation de handicap sont deux fois plus menacées par les violences domestiques que les autres femmes. En France, une étude de la DREES, publiée en juillet 2020, a révélé que 9 % des femmes handicapées ont été victimes de violences physiques et/ou sexuelles, contre 5,8 % des femmes sans handicap. Cette vulnérabilité accrue découle directement d’une structure institutionnelle centré sur une norme fonctionnelle standardisée, ignorant leurs besoins spécifiques en matière de sécurité et d’efficacité dans la prise en charge. Cette tendance à négliger la diversité des profils des victimes se reflète également dans le fonctionnement concret des dispositifs de protection : Données clés sur les violences conjugales (2023) 82 interventions du dispositif DIViCo en un an 13 067 appels à la ligne d’écoute spécialisée (soit une moyenne de 36 appels/jour) 22 % des appels effectués par des proches ou des professionnels 2 % des appels émanant des auteurs de violences Mais combien de ces appels concernent des victimes en situation de handicap ? L’absence de ces données reflète la lacune institutionnelle dans la prise en compte des besoins spécifiques. Si ces dispositifs échouent pour les victimes en situation de handicap, c’est précisément parce que le système est calibré pour répondre uniquement au standard majoritaire. Un modèle d’exclusion ancré dans l’organisation du système. Cette logique d’exclusion systémique n’est pas une simple faille technique : elle est le produit d’une organisation institutionnelle qui laisse systématiquement en marge les besoins des minorités vulnérables. On observe une dynamique similaire dans l’accès à la santé : selon une étude du Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE), les personnes en situation de

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POURQUOI LES LIBÉRAUX SONT LÉGITIMES DANS LA DÉFENSE DES DROITS DES FEMMES ?

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, les libéraux ont réaffirmé leur engagement en faveur de cette cause qui leur est chère. Malheureusement, cet événement a aussi été l’occasion pour certains opposants hostiles aux idées libérales de remettre en question, voire de nier, leur légitimité dans ce combat. Au-delà des incidents survenus lors de la manifestation du 8 mars, cette tentative de délégitimation s’inscrit dans une tendance portée par la gauche radicale, visant à exclure du débat toute personne n’adhérant pas à sa vision de la société. Cette stratégie politique, qui cherche à diaboliser les libéraux pour les marginaliser au sein du mouvement féministe, est d’autant plus absurde lorsqu’on connaît les fondements du libéralisme et l’histoire même du féminisme. Cet article vise donc à démontrer la légitimité des libéraux dans le combat féministe. Toutefois, en raison de son format, il ne prétend pas être exhaustif et se concentre uniquement sur le féminisme libéral. Les femmes libérales ont joué et jouent encore un rôle clé dans la défense des droits des femmes à travers le féminisme libéral. Ce courant repose sur l’un des principes fondamentaux du libéralisme : l’égalité. Il vise l’élargissement total des droits et des libertés sociales, économiques et politiques des femmes, leur garantissant ainsi une égalité de traitement et d’opportunités avec les hommes. Pour les féministes libérales, les progrès des femmes sont entravés par la persistance de préjugés les cantonnant à une position d’infériorité. Elles dénoncent donc les discriminations et défendent la liberté individuelle, en militant pour des réformes qui permettent aux femmes de s’épanouir pleinement. Contrairement aux courants féministes radicaux ou révolutionnaires, qui prônent un renversement du système, le féminisme libéral adopte une approche réformiste, misant sur les outils démocratiques et législatifs pour faire évoluer la société et les mentalités de chacun. Ce courant de pensée apparaît aux 17 et 18ème siècles dans un contexte de bouleversements sociaux et politiques marqués par les révolutions française et américaine durant lesquelles des féministes libérales vont s’exprimer pour obtenir des droits politiques et juridiques égaux à ceux des hommes.  Parmi ses figures pionnières, on peut citer : En France, Olympe de Gouges, qui publie, en 1791, la «Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne», revendiquant l’égalité des droits civils et politiques, ainsi que le droit à la liberté, à la propriété, à la sécurité, au divorce et l’abolition de l’esclavage. En Angleterre, Mary Wollstonecraft et son ouvrage « A Vindication of the Rights of Woman », paru en 1792, qui critique l’infériorisation des femmes et plaide pour leur éducation afin qu’elles puissent devenir autonomes et citoyennes éclairées. Plus tard, John Stuart Mill, dans « The Subjection of Women», publié en 1869, défend l’égalité des sexes et milite pour le suffrage féminin.  Aux États-Unis, Elizabeth Cady Stanton et Lucretia Mott qui rédigent la « Déclaration de sentiments», en 1848, inspirée de la Déclaration d’indépendance, pour revendiquer les droits des femmes, notamment le droit de vote. Les féministes libérales remportent leur première grande victoire entre la fin du 19ème et le début du 20ème siècle avec l’obtention du droit de vote pour les femmes : Nouvelle-Zélande (1893) Royaume-Uni (1918 pour certaines, 1928 pour toutes) États-Unis (1920) France (1944) Belgique (1948) Dans la seconde moitié du XXe siècle, les féministes libérales obtiennent des victoires majeures,  notamment l’inscription de l’égalité salariale dans la loi et la dépénalisation de l’avortement dans plusieurs pays occidentaux. Aux États-Unis, le Civil Rights Act de 1964 interdit la discrimination fondée sur le sexe dans l’emploi, tandis qu’en France, la loi sur l’IVG défendue par la ministre libérale Simone Veil est promulguée en 1975. À ces avancées s’ajoutent d’autres conquêtes essentielles, telles que l’accès élargi à l’éducation supérieure, l’égalité des droits dans le mariage, le droit au divorce, ainsi que la légalisation et la généralisation de la contraception, qui ont renforcé l’autonomie des femmes dans toutes les sphères de la société. Ces avancées ont été rendues possibles par la conceptualisation et la diffusion du terme sexisme par les féministes libérales. Ce concept a permis de dénoncer la réduction des femmes à des objets sexualisés, notamment dans la publicité, l’espace public et le monde du travail, restreignant ainsi leur liberté de s’habiller, d’agir et de circuler librement. Il a également contribué à combattre les discriminations, les préjugés et les pratiques maintenant les femmes dans un rôle subordonné. Une figure emblématique de cette deuxième vague du féminisme libéral est Betty Friedan, journaliste et militante américaine. En 1963, elle publie « The Feminine Mystique », un ouvrage dans lequel elle critique l’idéologie américaine de la féminité, qui enferme les femmes dans les rôles d’épouse et de mère. Défendant une approche libérale du féminisme, elle plaide pour l’émancipation des femmes par l’accès à l’éducation, au travail et à l’indépendance économique. À l’heure actuelle, les féministes libérales continuent de s’engager dans des combats essentiels, tels que la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, ainsi que la promotion d’une meilleure représentation des femmes dans toutes les sphères de la société. En conclusion, vouloir exclure les libéraux de la défense des droits des femmes est un non-sens total au regard des avancées significatives obtenues grâce au féminisme libéral tout au long de l’histoire.  C’est en réalité cette méthode réformiste qui, bien que parfois lente, garantit une évolution durable des mentalités et une meilleure adhésion de la population aux lois protégeant les droits et libertés des femmes. Pour finir cet article, il convient de laisser carte blanche à une femme libérale : la députée-bourgmestre Florence Reuter afin qu’elle nous partage sa vision et son vécu : “Journaliste de formation, le respect des libertés fondamentales et la liberté de vote sur les matières éthiques ont été déterminants dans mon engagement politique. C’est pour cette raison que le choix du MR s’est imposé. L’égalité entre les hommes et les femmes est un droit fondamental qu’en tant que femme libérale, je défends au quotidien ! Le féminisme n’est pas le combat d’un noyau d’activistes mais de tous les démocrates, hommes et femmes. C’est

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Le Salon SIEP : Un Rendez-vous Incontournable pour l’Orientation Éducative

Du 12 avril au 13 avril, la ville de Mons accueillera le Salon SIEP – Service d’Information sur les Études et les Professions – qui est une asbl reconnue comme Organisation de Jeunesse et par la FWB et soutenue par la Région wallonne et bruxelloise. C’est un événement majeur dédié à l’orientation éducative. Depuis sa création, le Salon SIEP s’est imposé comme une plateforme incontournable pour les jeunes et leurs familles afin de les accompagner dans leurs choix d’orientation professionnelle et académique. Depuis combien de temps existe-t-il ? Le Salon SIEP a été crée en 1973 et est un rendez-vous annuel depuis. Depuis sa première édition, il n’a cessé de croître en popularité et en pertinence, attirant des milliers de visiteurs à chaque édition. Où se situe-t-il ? Le salon se déplace dans l’ensemble de la Wallonie : Bruxelles – Charleroi – Libramont – Liège – Mons – Mouscron – Namur et Wavre. Vous pouvez également retrouver leur unique point d’information dans le quartier des Marolles, à Bruxelles Quel est l’objectif principal du Salon SIEP ? Son but est d’informer, d’orienter et de conseiller les jeunes dans leurs choix d’études et de carrière. Que ce soit pour découvrir les différentes filières académiques, les métiers émergents, ou encore pour obtenir des conseils pratiques sur les démarches administratives, le Salon SIEP offre une multitude de ressources et d’opportunités pour les visiteurs. En somme, le Salon SIEP représente une opportunité unique pour les jeunes de s’informer, de réfléchir à leur avenir et de trouver les ressources nécessaires pour concrétiser leurs projets professionnels. Aujourd’hui, il est également essentiel de valoriser les métiers en pénurie  auprès des jeunes en Belgique afin d’assurer la vitalité économique du pays, offrir des perspectives d’avenir aux jeunes générations et répondre aux besoins du marché du travail. Cela représente un investissement dans l’avenir de la société dans son ensemble. Emma Lenaerts

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8 mars : interview avec la députée Latifa Aït Baala

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ? Votre parcours scolaire et professionnel ? Je suis une femme d’origine marocaine, arrivée en Belgique en tant qu’expatriée française. Au fil du temps, je me suis pleinement investie dans la société belge et j’ai embrassé activement la politique, en rejoignant le parti MR (Mouvement Réformateur). Il y a 20 ans, j’ai été candidate aux élections européennes, marquant ainsi le début de mon engagement politique. Mon parcours académique m’a conduit à étudier en France et en Suisse, où je me suis spécialisée en droit européen et en études de genre. Professionnellement, j’ai eu l’opportunité de travailler aux Nations unies, où j’ai été confrontée à la diplomatie internationale et aux enjeux des droits humains à l’échelle mondiale. Mon passage au Parlement européen a renforcé mon désir de m’impliquer d’avantage dans la politique, en particulier pour répondre aux fractures sociales et territoriales que j’ai observé à Bruxelles. Au sein du MR, j’ai occupé divers postes, notamment celui de vice-présidente des femmes et j’ai contribué à des initiatives visant à promouvoir l’éducation permanente, en particulier pour les femmes lors de ma présidence au sein de l’ILFAC (Institut Libéral de Formation et d’Animation Culturelles). Actuellement, je suis députée bruxelloise, continuant ainsi mon engagement politique et mon désir de faire progresser les valeurs qui me sont chères, telles que la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité. Pourriez-vous nous en dire plus sur votre parcours au sein du Parlement bruxellois, et sur cette mandature qui se termine le 9 juin et de vos objectifs pour la prochaine ? Alors je crois qu’il n’aura échappé à personne qu’en fait cette législature a été marquée d’abord par une crise sanitaire, ensuite par une crise énergétique. Et donc quelque part notre mandature s’est imposée au fond à notre agenda politique, au moins ces deux volets- là. Ces événements ont mis en lumière les défis auxquels notre région est confrontée, et à la nécessité de répondre rapidement et efficacement. Malheureusement, en tant parti de l’opposition, nos propositions ont été systématiquement rejetées par la majorité. Cependant, je suis fière de travailler au sein d’un groupe politique paritaire, où huit députées femmes et huit députés hommes collaborent activement. Cette parité reflète notre engagement en faveur de l’égalité des sexes et de la représentation équilibrée au sein de nos institutions. Mon engagement s’est concentré sur plusieurs domaines clés, notamment les finances publiques, l’emploi, la formation et l’entrepreneuriat des femmes. Sur le plan financier, j’ai soulevé des préoccupations concernant la dette croissante de notre région, soulignant la nécessité d’une analyse approfondie de la situation budgétaire et d’une meilleure prise en considération de l’impact des politiques publiques sur le genre. En ce qui concerne l’emploi et la formation, j’ai plaidé en faveur d’une plus grande valorisation de l’apprentissage en alternance, soulignant son importance pour l’émancipation économique des individus. De plus, j’ai déposé des propositions visant à promouvoir l’entrepreneuriat féminin et à faciliter l’accès des femmes aux financements et aux ressources nécessaires pour démarrer leur propre entreprise. En matière de logement, j’ai souligné l’urgence d’agir face à la crise du logement qui touche de nombreuses familles bruxelloises. J’ai plaidé en faveur de mesures telles que l’allocation loyer, qui permet aux ménages les plus vulnérables de bénéficier d’une aide financière pour alléger le poids de leur loyer. Enfin, j’ai insisté sur la nécessité d’une action plus proactive en matière de sécurité et de lutte contre la drogue. J’ai souligné l’importance de coordonner les efforts entre les autorités régionales et fédérales pour répondre efficacement à ces défis, tout en appelant à une prise de conscience plus grande de la part de mes collègues politiques sur ces questions cruciales. En tant que femme et surtout en tant que femme en politique, quel est votre réalité sur le terrain ? Est-ce difficile au quotidien de se faire entendre ? Je pense que la réalité sur le terrain montre clairement que malgré les avancées vers l’égalité revendiquée par la société, les femmes, notamment en politique, rencontrent encore de nombreux défis. En tant que femme politique, il est souvent difficile de se faire entendre, surtout si l’on affiche un caractère affirmé. Bien que notre parti ait eu une première ministre, les combats pour les droits des femmes restent largement portés par des femmes, ce qui souligne le besoin continu de voix féminines dans les sphères politiques. Personnellement, j’ai dû forger une carapace pour affronter les obstacles, que ce soit sur le terrain ou au sein du Parlement. Malgré les progrès apparents, certaines attitudes et conceptions dépassées persistent, ce qui peut rendre notre travail difficile voire mettre en danger notre sécurité. Il est indéniable que les femmes politiques soient souvent confrontées à des menaces et des discriminations spécifiques, qui reflètent une vision de la femme comme un être inférieur et vulnérable. Cette perception, associée à des rapports de genre inégalitaires, crée un environnement où les femmes doivent souvent travailler deux fois plus dur pour obtenir la même reconnaissance que leurs homologues masculins. Pour surmonter ces défis, il est crucial de sensibiliser et d’éduquer à l’égalité des genres à tous les niveaux de la société. L’élimination des stéréotypes de genre dès le plus jeune âge est essentielle pour construire un avenir où les femmes sont pleinement valorisées et représentées dans tous les domaines de la vie publique et politique. Avez-vous des enfants ? Des filles ? Si oui, quels conseils leur donnez-vous et quels conseils donneriez-vous à toutes les jeunes filles qui grandiront pour devenir des femmes de demain ? Je suis maman d’une fille, aujourd’hui kinésithérapeute. Je crois fermement en l’importance de l’éducation et de la formation, un principe que j’ai transmis à ma fille. Ma propre mère m’a toujours enseigné que l’indépendance financière est cruciale pour les femmes, même celles qui choisissent de rester à la maison. Je suis heureuse d’avoir pu expérimenter cette indépendance dans ma propre vie. Je suis convaincue que l’autonomie financière est un élément-clé de la liberté individuelle. C’est cette conviction qui nous différencie, je pense, de certaines idéologies politiques.