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Actualités Politique

La polarisation excessive du débat public : que penser ?

La politique s’immisce aujourd’hui dans tous les aspects de notre société. Santé, éducation, culture, sécurité : chaque sujet est devenu un terrain propice à un affrontement entre partis. Et là où certaines thématiques auraient pu — et devraient — faire consensus, elles sont désormais instrumentalisées à des fins électorales, alimentant de fait une polarisation grandissante dans le débat public. Dans cet article, je vais d’abord revenir sur ce qu’est la polarisation, et sur la manière dont elle s’imbrique en politique. Ensuite, j’aborderais un exemple concret qui, à mon sens, illustre assez bien ce phénomène. Et enfin, j’essaierais de poser les briques fondatrices d’une réflexion autour de la question de la polarisation dans notre société, et sur la manière dont elle risque d’évoluer. La polarisation en politique : une mécanique bien rodée D’un extrême politique à l’autre, d’un pôle géographique à un autre, la polarisation semble avoir toujours existé. Faire apparaître deux pôles au sein d’une structure, comme l’une des définitions de la polarisation proposée par le Larousse le suggère, est en effet un processus qui facilite la clarté et une meilleure compréhension de manière générale. En politique, on peut dater l’apparition de cette polarisation à la Révolution française de 1789, lorsque les députés de l’Assemblée nationale étaient répartis selon leur affinité politique : à droite, les partisans de l’Ancien Régime et de la monarchie ; à gauche, les révolutionnaires favorables à la République. Quant aux extrêmes, ils apparaissent au XIXᵉ siècle avec, d’un côté, les mouvements royalistes ultraconservateurs et, de l’autre, l’émergence des premiers mouvements communistes. Cependant, malgré ces différences idéologiques profondes, la gauche et la droite ont su se rallier à des causes communes, telles que la défense de l’unité nationale en temps de guerre ou la promotion des valeurs démocratiques et universelles consacrées par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Une perte de valeurs communes : retour sur un cas récent Ces valeurs communes et universelles, contenant notamment les libertés fondamentales ainsi que de nombreux droits humains, ne sont que très rarement contestés dans nos démocraties contemporaines — à l’exception des partis extrêmes, qui tiennent d’ailleurs cette appellation moderne de cette contestation de valeurs. Seulement, le 8 mars dernier, à l’occasion de la Journée internationale des Droits des Femmes, les membres du parti libéral ont été violemment exclus de la manifestation pour la défense des droits des femmes à laquelle ils participaient. Pire encore, la présidente du Conseil des Femmes Francophones de Belgique, Sophie Rohonyi, a tenu les mots suivants : « (…) je peux comprendre que la venue du MR avec de telles pancartes qui disent l’inverse de ce qu’ils ont fait, de ce qu’ils ont fait entrer dans l’accord du gouvernement, a été vécu comme une provocation ». Au-delà de la remise en question troublante de la légitimité du MR à défendre les droits des femmes par Sophie Rohonyi (cf. article https://debrief.be/pourquoi-les-liberaux-sont-legitimes-dans-la-defense-des-droits-des-femmes/), ces propos posent une question plus large sur l’un des droits fondamentaux de nos démocraties : le droit à manifester. Lorsque la présidente du CFFB, un organe pluraliste, dit « comprendre que la venue du MR (…) ait été vécu comme une provocation », cela suggère que certains partis seraient plus légitimes à manifester que d’autres. Cela revient à dire que certaines causes — pourtant universelles — n’appartiendraient plus qu’à un seul camp politique. Et c’est dangereux. Réflexion autour d’une polarisation excessive, provoquée et dangereuse La polarisation en politique est naturelle. Qu’elle soit souhaitable ou non dépend des convictions de chacun. Le fait est qu’elle existe et qu’il faut composer avec. Toutefois, lorsqu’elle devient artificielle, volontairement attisée et conçue pour façonner le paysage politique selon des intérêts électoraux, elle devient une menace pour la démocratie. Nous n’assistons plus à un débat d’idées basé sur un clivage politique gauche-droite, mais bien à une confrontation systématique entre les partis au pouvoir et ceux qui leur sont opposés. Cela pourrait sembler naturel, mais lorsqu’il s’agit de formations partageant une même base idéologique, l’opposition devient parfois factice et opportuniste. Il n’est pas exclu que certains partis renoncent à leurs valeurs fondatrices uniquement pour marquer leur opposition. Il n’est pas exclu que certains aillent jusqu’à remettre en question des principes universels simplement pour exister politiquement. Il n’est pas exclu, enfin, que ces incohérences soient masquées par un discours émotionnel destiné à capter l’attention des électeurs. Loin d’être un simple affrontement idéologique, la polarisation politique actuelle semble devenir un outil stratégique, où le désir de différenciation l’emporte sur la cohérence et l’intérêt général. Si la polarisation peut être utile pour structurer le débat public, elle devient dangereuse lorsqu’elle conduit à l’exclusion de certaines voix et à la fragmentation excessive de la société. Peut-on encore espérer un retour à un débat politique fondé sur des idées plutôt que sur une opposition artificielle ? La question reste ouverte, mais il est essentiel d’en prendre conscience pour ne pas sombrer dans un clivage stérile où l’idéologie prime sur la raison. Denis Sova Rédacteur

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Actualités Politique Santé Société

Quand la sécurité devient un privilège : pourquoi les dispositifs d’urgence échouent face à la diversité des besoins ?

Que faire lorsqu’on est confronté à une situation d’urgence — une crise médicale, une agression, un incendie — sans pouvoir appeler les secours ? C’est une réalité pour de nombreuses personnes sourdes, malentendantes ou ayant des troubles de locution. Pour répondre à ce besoin, le 112 a mis en place une application dotée d’un chat, censé permettre de contacter les services d’urgence par message écrit. Ce dispositif, pensé comme une solution d’égalité d’accès à la sécurité, devait offrir une alternative aux appels téléphoniques classiques. Au moment critique, le chat a échoué. Cette défaillance technique peut entraîner des conséquences graves, laissant la personne porteuse d’un handicap sensoriel ou verbal sans assistance. Dès que le problème a été médiatisé, la députée Julie Tatton a interpellé le gouvernement en commission parlementaire. Peu après, le ministre Bernard Quintin a annoncé qu’une « attention particulière » serait portée à la résolution de ce problème : « Nous renforçons les possibilités d’interaction non verbale lors des appels d’urgence, notamment pour les personnes malentendantes (sourdes et ayant des troubles de communication), et nous menons des actions pour le faire connaître au public. » Cette déclaration constitue une reconnaissance politique du problème. Mais elle met également en lumière une faille institutionnelle : pourquoi une défaillance dans un service destiné à une population vulnérable n’a-t-elle été détectée qu’après une médiatisation publique ? Ce n’est pas seulement une question de gestion technique : c’est le signe d’un modèle institutionnel centré sur une norme dominante, où l’accès à la sécurité reste conditionné à la capacité de fonctionner dans le cadre de cette norme. Une réponse politique ponctuelle, mais une défaillance systémique La mise en place du chat du 112 répondait à une volonté politique légitime : rendre les services d’urgence accessibles aux personnes qui ne peuvent pas utiliser la voie téléphonique classique. Cependant, le fait que le dispositif ait été opérationnel sans véritable contrôle ni test approfondi révèle une faille dans la gestion des services publics. L’accessibilité est trop souvent pensée comme une correction secondaire, et non comme une composante essentielle du dispositif de sécurité. Les services d’urgence sont conçus prioritairement pour les usagers « standardisés », capables de s’exprimer verbalement, laissant les autres à une prise en charge de second ordre. Le sociologue Robert Castel a théorisé ce modèle d’exclusion implicite dans son analyse des sociétés modernes : « La protection sociale repose sur un modèle d’intégration où la reconnaissance des droits est fondée sur la conformité à un modèle dominant de citoyenneté. Toute déviation par rapport à ce modèle crée une situation de vulnérabilité structurelle. » Autrement dit, l’accès aux services publics reste conditionné à la capacité de se conformer à une norme d’interaction sociale. Ce n’est pas une exclusion explicite, mais une incapacité systémique à concevoir la sécurité comme un droit fondamental garanti à toutes et tous. Une nouvelle initiative, un ancien schéma d’exclusion Le 8 mars dernier, lors de la Journée Internationale des Droits des femmes, le ministre Yves Coppieters a annoncé une série de mesures pour renforcer la lutte contre les violences conjugales. En visite au Pôle de Ressources Spécialisées en Violences Conjugales et Intrafamiliales à Liège, il a présenté deux axes stratégiques : L’augmentation des moyens alloués au Pôle DIViCo (Dispositif de Lutte contre les Violences dans le Couple) ; La création d’un numéro d’appel unique à trois chiffres pour simplifier et centraliser la prise en charge des victimes. C’est là que réside le cœur du problème systémique : cette nouvelle initiative est pensée pour répondre aux besoins de la majorité — des victimes capables de passer un appel vocal en cas d’urgence. Les victimes sourdes, malentendantes, ou ayant un trouble de locution, pourtant exposées à un risque accru de violences intrafamiliales, risquent d’être laissées de côté dans la conception du dispositif. L’idée d’un numéro d’appel unique à trois chiffres repose sur un principe d’accès facilité : une solution simple à mémoriser, rapide à composer, et censée garantir une réponse immédiate en cas d’urgence. Mais une telle initiative, bien qu’efficace pour la majorité, soulève une question fondamentale : Faciliter l’accès le rend-il réellement accessible à toutes et tous ? les femmes porteuses d’un handicap sensoriel ou verbal, incapables d’utiliser un appel vocal classique, seront-elles prises en compte dans la mise en œuvre de cette initiative ? Ce paradoxe, entre une volonté d’accessibilité et une exclusion persistante, est d’autant plus problématique que ces femmes sont justement plus exposées au risque de violences. Les femmes en situation de handicap sont deux fois plus menacées par les violences domestiques que les autres femmes. En France, une étude de la DREES, publiée en juillet 2020, a révélé que 9 % des femmes handicapées ont été victimes de violences physiques et/ou sexuelles, contre 5,8 % des femmes sans handicap. Cette vulnérabilité accrue découle directement d’une structure institutionnelle centré sur une norme fonctionnelle standardisée, ignorant leurs besoins spécifiques en matière de sécurité et d’efficacité dans la prise en charge. Cette tendance à négliger la diversité des profils des victimes se reflète également dans le fonctionnement concret des dispositifs de protection : Données clés sur les violences conjugales (2023) 82 interventions du dispositif DIViCo en un an 13 067 appels à la ligne d’écoute spécialisée (soit une moyenne de 36 appels/jour) 22 % des appels effectués par des proches ou des professionnels 2 % des appels émanant des auteurs de violences Mais combien de ces appels concernent des victimes en situation de handicap ? L’absence de ces données reflète la lacune institutionnelle dans la prise en compte des besoins spécifiques. Si ces dispositifs échouent pour les victimes en situation de handicap, c’est précisément parce que le système est calibré pour répondre uniquement au standard majoritaire. Un modèle d’exclusion ancré dans l’organisation du système. Cette logique d’exclusion systémique n’est pas une simple faille technique : elle est le produit d’une organisation institutionnelle qui laisse systématiquement en marge les besoins des minorités vulnérables. On observe une dynamique similaire dans l’accès à la santé : selon une étude du Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE), les personnes en situation de

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Actualités Politique

POURQUOI LES LIBÉRAUX SONT LÉGITIMES DANS LA DÉFENSE DES DROITS DES FEMMES ?

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, les libéraux ont réaffirmé leur engagement en faveur de cette cause qui leur est chère. Malheureusement, cet événement a aussi été l’occasion pour certains opposants hostiles aux idées libérales de remettre en question, voire de nier, leur légitimité dans ce combat. Au-delà des incidents survenus lors de la manifestation du 8 mars, cette tentative de délégitimation s’inscrit dans une tendance portée par la gauche radicale, visant à exclure du débat toute personne n’adhérant pas à sa vision de la société. Cette stratégie politique, qui cherche à diaboliser les libéraux pour les marginaliser au sein du mouvement féministe, est d’autant plus absurde lorsqu’on connaît les fondements du libéralisme et l’histoire même du féminisme. Cet article vise donc à démontrer la légitimité des libéraux dans le combat féministe. Toutefois, en raison de son format, il ne prétend pas être exhaustif et se concentre uniquement sur le féminisme libéral. Les femmes libérales ont joué et jouent encore un rôle clé dans la défense des droits des femmes à travers le féminisme libéral. Ce courant repose sur l’un des principes fondamentaux du libéralisme : l’égalité. Il vise l’élargissement total des droits et des libertés sociales, économiques et politiques des femmes, leur garantissant ainsi une égalité de traitement et d’opportunités avec les hommes. Pour les féministes libérales, les progrès des femmes sont entravés par la persistance de préjugés les cantonnant à une position d’infériorité. Elles dénoncent donc les discriminations et défendent la liberté individuelle, en militant pour des réformes qui permettent aux femmes de s’épanouir pleinement. Contrairement aux courants féministes radicaux ou révolutionnaires, qui prônent un renversement du système, le féminisme libéral adopte une approche réformiste, misant sur les outils démocratiques et législatifs pour faire évoluer la société et les mentalités de chacun. Ce courant de pensée apparaît aux 17 et 18ème siècles dans un contexte de bouleversements sociaux et politiques marqués par les révolutions française et américaine durant lesquelles des féministes libérales vont s’exprimer pour obtenir des droits politiques et juridiques égaux à ceux des hommes.  Parmi ses figures pionnières, on peut citer : En France, Olympe de Gouges, qui publie, en 1791, la «Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne», revendiquant l’égalité des droits civils et politiques, ainsi que le droit à la liberté, à la propriété, à la sécurité, au divorce et l’abolition de l’esclavage. En Angleterre, Mary Wollstonecraft et son ouvrage « A Vindication of the Rights of Woman », paru en 1792, qui critique l’infériorisation des femmes et plaide pour leur éducation afin qu’elles puissent devenir autonomes et citoyennes éclairées. Plus tard, John Stuart Mill, dans « The Subjection of Women», publié en 1869, défend l’égalité des sexes et milite pour le suffrage féminin.  Aux États-Unis, Elizabeth Cady Stanton et Lucretia Mott qui rédigent la « Déclaration de sentiments», en 1848, inspirée de la Déclaration d’indépendance, pour revendiquer les droits des femmes, notamment le droit de vote. Les féministes libérales remportent leur première grande victoire entre la fin du 19ème et le début du 20ème siècle avec l’obtention du droit de vote pour les femmes : Nouvelle-Zélande (1893) Royaume-Uni (1918 pour certaines, 1928 pour toutes) États-Unis (1920) France (1944) Belgique (1948) Dans la seconde moitié du XXe siècle, les féministes libérales obtiennent des victoires majeures,  notamment l’inscription de l’égalité salariale dans la loi et la dépénalisation de l’avortement dans plusieurs pays occidentaux. Aux États-Unis, le Civil Rights Act de 1964 interdit la discrimination fondée sur le sexe dans l’emploi, tandis qu’en France, la loi sur l’IVG défendue par la ministre libérale Simone Veil est promulguée en 1975. À ces avancées s’ajoutent d’autres conquêtes essentielles, telles que l’accès élargi à l’éducation supérieure, l’égalité des droits dans le mariage, le droit au divorce, ainsi que la légalisation et la généralisation de la contraception, qui ont renforcé l’autonomie des femmes dans toutes les sphères de la société. Ces avancées ont été rendues possibles par la conceptualisation et la diffusion du terme sexisme par les féministes libérales. Ce concept a permis de dénoncer la réduction des femmes à des objets sexualisés, notamment dans la publicité, l’espace public et le monde du travail, restreignant ainsi leur liberté de s’habiller, d’agir et de circuler librement. Il a également contribué à combattre les discriminations, les préjugés et les pratiques maintenant les femmes dans un rôle subordonné. Une figure emblématique de cette deuxième vague du féminisme libéral est Betty Friedan, journaliste et militante américaine. En 1963, elle publie « The Feminine Mystique », un ouvrage dans lequel elle critique l’idéologie américaine de la féminité, qui enferme les femmes dans les rôles d’épouse et de mère. Défendant une approche libérale du féminisme, elle plaide pour l’émancipation des femmes par l’accès à l’éducation, au travail et à l’indépendance économique. À l’heure actuelle, les féministes libérales continuent de s’engager dans des combats essentiels, tels que la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, ainsi que la promotion d’une meilleure représentation des femmes dans toutes les sphères de la société. En conclusion, vouloir exclure les libéraux de la défense des droits des femmes est un non-sens total au regard des avancées significatives obtenues grâce au féminisme libéral tout au long de l’histoire.  C’est en réalité cette méthode réformiste qui, bien que parfois lente, garantit une évolution durable des mentalités et une meilleure adhésion de la population aux lois protégeant les droits et libertés des femmes. Pour finir cet article, il convient de laisser carte blanche à une femme libérale : la députée-bourgmestre Florence Reuter afin qu’elle nous partage sa vision et son vécu : “Journaliste de formation, le respect des libertés fondamentales et la liberté de vote sur les matières éthiques ont été déterminants dans mon engagement politique. C’est pour cette raison que le choix du MR s’est imposé. L’égalité entre les hommes et les femmes est un droit fondamental qu’en tant que femme libérale, je défends au quotidien ! Le féminisme n’est pas le combat d’un noyau d’activistes mais de tous les démocrates, hommes et femmes. C’est

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Jeunesse Politique

“Ce n’est pas un métier, c’est une mission que nous avons”

Véronique Durenne, originaire de Celles et pharmacienne de formation, occupe la fonction de sénatrice depuis juillet 2019 au sein du Mouvement Réformateur. Durenne est intervenue lors de la séance plénière du 17 mars 2023 au sujet de l’autonomisation économique des femmes, sujet central à améliorer en Belgique selon la sénatrice, et pour lequel elle avait également pu cosigner des propositions de résolution. Elle nous partage ici son parcours, sa place de femme dans le monde politique, la violence qu’elle a vécue de la part de ses collègues et son avis sur certains sujets d’actualité comme le revenu universel ou la sécurité sur les campus universitaires. Vous avez un parcours très intéressant, pharmacienne de formation à sénatrice. Pourriez-vous nous en dire un peu plus ? Ça me touche toujours quand on me pose cette question. J’étais donc pharmacienne dans un village près de Tournai, la pharmacienne du village comme on pourrait le dire. Et puis un jour, le premier échevin de ma commune passe la porte de l’officine et me dit que les élections approchent, qu’ils ont besoin d’une femme, de personnes porteuses de voix comme des médecins ou des pharmaciens et qu’il a pensé à moi. Je le regarde et je lui dis que jamais je ne pourrais faire ça. Il m’a laissé le temps de réfléchir. Alors, ce soir-là, je rentre chez moi et j’en parle à mon mari qui lui est agriculteur. Il faut savoir que mon mari est quelqu’un qui s’intéresse à tout, il a une culture extraordinaire et il adore la politique, mais de loin. Il me dit que c’est super intéressant et que je devrais essayer. Moi-même je suivais l’actualité mais jamais ne m’est venu l’idée de faire de la politique. Après beaucoup de discussions, j’ai dit oui. On me met alors en deuxième place. Je fais la campagne et je joue le jeu. Et puis le soir des élections on me dit : « Voilà, Véronique, tu es échevine ». Et là, je cours le dire à mon mari et je me rends compte que je me suis mise dans un embarras pas possible. Il faut savoir que je suis quelqu’un de très sensible, un homme m’avait même dit : “Mon Dieu, Véronique, mon petit, tu devras avoir de larges épaules” et je repense souvent à ce monsieur. J’ai pris le post, j’avais été élue. Après tout, le citoyen me faisait confiance et il me connaissait en tant que pharmacienne donc on ne peut pas dire que je tombais de n’importe où. Je me souviendrai toute ma vie du premier jour où je suis arrivée en collège. J’étais très scolaire avec mon petit cartable et ensuite, j’ai appris sur le terrain.On m’a alors confiée la petite enfance et la culture, des matières qui m’étaient chères et proches en tant que jeune maman. Et mon échevinat s’est très bien passé. Aux élections suivantes, six ans plus tard, je dépasse la tête de liste et je deviens bourgmestre. Ensuite, je suis devenue bourgmestre empêchée, mais je connaissais les règles du jeu. Je suis donc devenue députée. Dans ma commune, ils l’ont un peu mal pris, ils m’ont dit que je les avais abandonnés, ils m’avaient élue bourgmestre et je suis partie. Donc j’étais députée, et un jour Charles Michel m’a appelée pour me désigner sénatrice. Et voilà où j’en suis aujourd’hui. C’est pour ça que j’encourage vivement les jeunes à se lancer dans la politique, vraiment. Je suis le bel exemple qu’on peut apprendre et y arriver. Avez-vous trouvé cet apprentissage difficile ? La politique est-elle réellement un monde d’hommes ? Je dirais que pour apprendre, il faut vraiment être sur le terrain. Et puis, le métier de politique est assez éphémère, ce n’est pas un métier, c’est une mission que nous avons. C’était difficile par temps, mais j’ai toujours eu mon mari à mes côtés, il m’a beaucoup aidée. Il faut aussi savoir que de mon temps, c’était un milieu très macho. À mes débuts, j’ai eu beaucoup de mal. Je me suis pourtant toujours accrochée. J’ai eu beaucoup de soutien de la part des citoyens et du bourgmestre, ça m’a beaucoup aidée. Et avec le temps, on apprend à s’endurcir. Vous encouragez les femmes et les jeunes femmes à entreprendre des études STEM (science, technology, engineering, and mathematics) et à développer leur estime de soi. La sécurité sur les campus universitaires y joue un rôle primordial et reste parfois un frein au développement de l’estime de soi. Quelles seraient vos propositions ?  Malheureusement, sans remettre en cause le travail qui est déjà fait, je pense que la formation des agents de sécurité est déficiente. Après ce n’est pas évident, et la critique est très facile. Il faut bien se mettre en tête qu’on doit toujours essayer de s’améliorer et de trouver des solutions. On a pu, grâce aux habilitations, ouvrir d’autres sections de formation. Là aussi je pense qu’il y a une formation qui doit être renforcée et améliorée pour que vous, les jeunes, puissiez-vous sentir en sécurité. Il faut une réelle prise de conscience de la part des professionnels qui vont vous encadrer. L’installation de caméras de surveillance peut également être une solution. C’est aussi à nous de jouer notre rôle et d’attirer l’attention, et pourquoi pas proposer une résolution. Pour terminer, la N-VA est en faveur de la suppression du Sénat. Quelle est votre position par rapport au maintien ou non du Sénat ? Pour moi, le Sénat a toute son importance. Premièrement, c’est le lieu de rencontre entre les différentes entités fédérées, et je le vois. C’est très important de pouvoir échanger avec nos amis néerlandophones et voir les différentes pratiques mises en œuvre des deux côtés de la frontière linguistique. Il faut peut-être le réformer. Effectivement, c’est une discussion que l’on doit avoir. Mais le Sénat a toute son importance malgré les nombreuses critiques à son égard. On pense qu’au Sénat on ne fait rien, alors que c’est complètement faux. Quand on voit les comptes rendus des différentes commissions et les textes qui

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Actualités Politique

Chars occidentaux en approche !

La 25 janvier 2023, la nouvelle tombe. Les Etats-Unis donnent leur feu vert pour la livraison des chars M1 Abrams. Cette annonce suit celle de l’Allemagne qui après des semaines d’hésitation a donné enfin son aval pour l’envoi de ses chars lourds du nom de Léopard II à l’Ukraine. Le feu vert est également donné aux pays de l’Otan qui disposent de ces chars de production allemande. Le Royaume-Uni lui aussi enverra ses chars du nom de Challenger II.  Les chars occidentaux peuvent-ils changer le cours de cette guerre ?   Les chars qui seront livrés prochainement à l’Ukraine sont très puissants. Mundo Frank Ledwidge, ancien officier de l’armée britannique et actuellement professeur de stratégie et de capacité militaires à l’université de Portsmouth en Angleterre, a confié à la BBC que les meilleurs chars du monde sont allemands, britanniques et américains. Ces chars vont apporter une très grande aide aux hommes qui se battent sur le front.  Cette action implique-t-elle l’OTAN dans ce conflit armé ? L’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord garantit une sécurité qui repose sur un engagement sans failles en faveur de la défense collective, ce qui assure aux Alliés une sécurité lors de l’envoi des armes à l’Ukraine. Leur sécurité ne sera pas compromise. En d’autres termes, les pays membres de l’OTAN qui fournissent une aide militaire, financière à l’Ukraine ne seront pas impliqués directement dans ce conflit qui oppose l’Ukraine (pas encore membre de l’OTAN) et la Russie.  Comment évoluera ce conflit à l’est de l’Europe ? L’Ukraine s’approche-t-elle d’une victoire ? Combien va durer cette guerre ? Deux ans ? Cinq ans ? L’avenir nous le dira. Wiktoria Wojslawowicz Sources : https://www.bbc.com/afrique/articles/ceqg7de1901o https://www.nato.int/cps/fr/natohq/topics_192648.htm https://www.nato.int/cps/fr/natohq/topics_133127.htm https://www.touteleurope.eu/l-ue-dans-le-monde/guerre-en-ukraine-ou-en-est-l-union-europeenne/

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Rencontre avec Olivier Chastel

Rencontre avec Olivier Chastel   Le Débrief’Mag est parti à la rencontre de Olivier Chastel, eurodéputé et membre de Renew Europe.     Comment est-ce qu’on passe de pharmacien à homme politique et député européen ?   De manière assez simple. D’abord, on est intéressé par la chose publique et puis il faut ce brin de hasard, ou de chance, qui te fait rencontrer la bonne personne et ça a été mon cas. L’anecdote veut que ma mère fût pharmacienne à Charleroi et un jour en rentrant de l’université, je passe derrière le comptoir de la pharmacie et là devant quelqu’un que je n’avais jamais vu, mais qui lui demande si elle veut bien être candidate aux élections communales qui s’annoncent. Ma mère dit « non, absolument pas. Je suis sympathisante du parti libéral, mais je n’ai pas le temps de m’occuper de ça.» Et, moi, en blaguant, je dis au type qui est là devant : « Si elle veut pas, moi je veux bien ». Je continue ma route sans attendre, parce que je le faisais vraiment en blaguant. Et 3 jours après, cette personne m’a rappelé en disant : « Oui, j’étais celui qui se trouvait devant votre maman. Est-ce qu’on peut se voir pour en discuter [des élections communales] ? » Pour moi, c’était en blaguant. Mais il voulait quand même en parler. Toute cette histoire démarre de cette anecdote puisque j’ai été candidat aux élections communales de 1988. Si je suis encore candidat en 2024, c’est peut-être bien ma septième élection. Puis de là, les élections législatives, d’abord comme suppléant, puis comme effectif. Ensuite une carrière ministérielle à différents niveaux jusqu’à même président du Mouvement Réformateur, puis député européen. C’est une suite de concours de circonstances, mais évidemment un intérêt pour la chose publique.     De manière un peu plus générale, on dit souvent que la jeunesse est désintéressée de la politique et particulièrement celle européenne. Comment est-ce qu’on peut faire pour intéresser cette jeunesse à la politique en générale et européenne ?     Je pense que, très globalement, notre population s’intéresse, si on en croit les études et opinions, de moins en moins à la politique. Probablement, parce qu’ils sont déçus, qu’ils ne se sentent pas concernés ou parce qu’ils ne se reconnaissent plus dans ceux qui sont élus. J’ai la faiblesse de penser que moins on maîtrise le niveau de pouvoir, à la fois dans son institutionnel et dans son mode de décision; nos citoyens ne s’y retrouvent plus, la jeunesse en particulier. C’est donc ce qui pose problème au niveau européen. Ce niveau est plus éloigné de nos concitoyens et de nos jeunes en particulier. On peut débattre de ça car c’est tout l’inverse, tout ce qui se discute au niveau européen est retranscrit dans les lois et législations fédérales. C’est aussi le niveau de pouvoir où la complexité institutionnelle est redoutable.    Qui décide en Europe ? C’est toujours la bonne question. Parfois, il n’y a qu’un siège pour deux, on l’a vu dans des circonstances particulières et donc, plus le niveau de pouvoir est éloigné, plus le niveau institutionnel est éloigné et plus le mode de décision est compliqué. Il n’y a pas plus compliqué qu’une décision européenne, puisqu’on sait que si la commission propose un certain nombre de texte, pour que ces derniers entrent en application dans les 27 états membres, il faut que le parlement et le conseil européen tombent d’accord sur un texte de compromis tout en sachant que pour certaines matières, il faut que tous les membres soient d’accords entre eux. Il faut avouer que quand on additionne les trois paramètres, l’éloignement, l’institutionnel et le mode de décision, on ne peut qu’être éloigné de nos concitoyens et des jeunes, même si l’Europe donne beaucoup d’énergie à faire connaître les thématiques qu’elle aborde. On a eu à la suite de cette législature, avec la pandémie de Covid, une bonne occasion de montrer à nos concitoyens tout l’intérêt de l’Union Européenne, le fait d’être solidaire, d’être soudé et prendre des décisions rapides et communes. L’Europe a des atouts pour montrer qu’elle s’occupe d’un certain nombre de sujets qui touchent au plus proche de nos concitoyens et qu’elle sait être efficace. C’est vrai qu’on constate qu’elle est très forte après une crise ou pour répondre à une crise.    Pourquoi est-elle surtout efficace à l’occasion d’une crise ?    Parce que c’est à l’occasion d’une d’entre-elle que 27 chefs d’états crient au secours. Sinon, dans le fonctionnement normal de l’Union Européenne, les différents chefs et ministres d’états ont surtout comme motivation de faire en sorte que les décisions prises favorisent le pays qu’ils représentent. Ce n’est pas avec cet état d’esprit qu’on prend des décisions responsables, cohérentes, solidaires sur l’ensemble du territoire européen. Par contre, en temps de crise, quand on se rend compte que tout seul, on est pas grand chose (même pour des grands pays européens), c’est à ce moment là qu’on commence à se serrer les coudes jusqu’à prendre – et on l’a vécu dans la foulée du Covid – des décisions historiques qu’on aurait pas imaginé il y a quelques années. La manière de financer le plan de relance, c’est-à-dire faire en sorte que les 27 États membres soient solidaires dans des emprunts contractés ensembles dans l’Union Européenne. Les crises permettent à l’Union d’avancer. Ce qu’on doit faire, c’est valoriser notre capacité de solidarité ensemble sur l’Union Européenne. C’est en mettant en avant des succès, comme ceux qu’on a vécu durant la crise Covid, qu’on peut faire comprendre aux gens  que l’Union Européenne est ce qu’on fait de mieux sur notre continent.   Mais justement, vous parlez de crise et d’atouts, si on devait faire un check-up « santé », comment se porte l’Europe maintenant ? Bien, pas bien, encore des améliorations à faire ?   Ni très bien, ni très mal. Comme je viens de le dire, on a pas inventé mieux comme démocratie et efficacité européenne. Je pense que l’Europe doit évoluer pour montrer à

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